LIVRE TRENTE ET UNIEME. 2G
» présent ici , par le Dieu devant qui je vais paraître » dans un moment , que je ne pris aucune part à ce » meurtre. »
Il demanda enfin à rester seul quelques instants pour résigner et fortifier son âme , car ses paroles à ses gardiens comme sa lettre à ses enfants attestent que la pensée de Dieu assistait à son départ de la terre.
Un prêtre du Pizzo, qu'on lui avait offert et qu'il avait accepté pour consoler et bénir sa mort, s'enferma avec lui dans sa chambre. « Sire, lui dit le prêtre respectueux »et miséricordieux en l'abordant, ce n'est pas la pre- » mière fois que je parais devant Votre Majesté. Lorsque » vous vîntes , il y a cinq ans , au Pizzo en visitant vos » provinces, j'implorai un secours de Votre Majesté pour » les besoins de cette église , et vous me fîtes un don gé- » néreux. Ma voix, qui eut assez d'empire alors sur votre » cœur pour vous inspirer un bienfait, sera donc pour x> vous un souvenir de miséricorde. Puisse ce souvenir de » bon augure contribuer aujourd'hui à vous faire agréer »des prières qui n'ont plus d'autre objet que le repos 0 éternel de votre âme ! »
Murât accomplit les rites du mourant, et, sur la requête du prêtre , lui remit pour l'exigence de sa sépulture ces mots écrits et signés de sa main : « Je déclare » mourir en bon chrétien. » Il chargea le prêtre de remettre sa montre, qui n'avait plus d'heures à lui marquer ici-bas, à son fidèle serviteur Armand. Il demanda à faire ses adieux aux généraux Natali, Franceschetti et aux pauvres soldats entraînés dans son malheur. On le lui refusa , non par cruauté , mais par commisération , pour épargner un déchî rement de plus à son cœur.