LUI
Pendant ces rapides préparatifs de la dernière scène , le tribunal qui siégeait à sa porte le condamnait à la mort, comme fauteur d'une insurrection contre le royaume, en vertu d'une loi qu'il avait promulguée luimême, dix ans avant, pour intimider les révoltes dans les Calabres, mais qu'il n'avait jamais fait exécuter jusqu'à la mort par l'indulgente commisération de son caractère. On lui lut solennellement son arrêt. Il l'écouta comme il aurait entendu le canon d'une bataille de plus pendant sa vie martiale , sans émotion comme sans bravade. Il ne demanda ni grâce, ni délai, ni appel. Il fit remercier le général Nunziante, les officiers et le prêtre, des égards et des sensibilités à son sort qu'ils lui avaient témoignés pendant sa courte captivité dans ces murs. Il s'avança de lui-même vers la porte, comme pour aller plus vite au terme. Cette porte ouvrait sur une étroite esplanade encaissée entre les tours du château et les murs extérieurs, toute semblable au château de Vincennes. Mais le dernier et splendide soleil éclairait du moins le dernier pas et le dernier regard du héros. Douze soldats, les armes chargées, l'attendaient. L'espace resserré ne leur permettait pas de se tenir à la distance qui dérobe son horreur à la mort. Murât, en franchissant le seuil de sa chambre, se trouva face à face avec eux. Il refusa de se laisser bander les yeux, et regardant les soldats avec un ferme et bienveillant sourire : « Mes amis, » leur dit-il , ne me faites pas souffrir en visant mai ,