LIVRE TRENTE ET UNIÈME
Sa mort, si elle ne fut pas un crime, fut du moins une bassesse de cœur dans ses meurtriers. Ils avaient le droit extrême de le tuer, ils n'en avaient pas la nécessité. Maîtres de sa personne , ne pouvant plus craindre d'un ennemi captif aucune de ces entreprises et de ces compétitions qui troublent un empire ou qui font trembler une dynastie , il y avait plus de vengeance que de prudence dans son exécution. Cette exécution flétrissait le règne de Ferdinand, elle ne l'assurait pas. La grandeur d'âme, cette justice de la victoire, manqua à la cour de Sicile , où les traditions tragiques de Conradin, de la reine Jeanne, de l'Italie de Machiavel avaient laissé les exemples sinistres des luttes à mort et des échafauds entre les prétendants. En immolant un héros qui n'avait ni ancêtres avant lui , ni dynastie après lui pour revendiquer non un droit , mais mie aventure sur son trône , la cour de Sicile ne relevait pas sa gloire , elle dégradait son caractère. Ce supplice d'un compétiteur désarmé sentait la peur. L'envie aussi paraissait l'inspirer. Ce n'était pas tant la rivalité de droits que la supériorité de renommée qui offusquait dans Murât la maison de Naples. On craignait moins sa compétition que la popularité de ses exploits. En abattant le héros, on voulait abattre sa mémoire. On ne réussit qu'à donner au drame de sa vie le pathétique et la pitié qui s'attachent aux dénoùments sanglants des grandes vies. Sa mort rappelait celle de
Pompée. La maison de Naples ne conquérait par cette mort qu'une tache de sang de plus sur ses annales et un cadavre mutilé dans un cimetière de sa plage.
Malheur aux lâches ! On n'est jamais cruel que faute d'être assez courageux.