LIVRE TRENTE-DEUXIEME
Caractère de la France. — Causes de l'esprit des élections de 1815. — Chute de Fouché. — Son exil en Allemagne. — Jugement sur sa vie. — Chute de M. de Talleyrand. — Formation du ministère de M. de Richelieu. — Coup d'œil rétrospectif sur le duc de Richelieu. — Sa vie en Russie. — Son caractère. —Négociations avec les alliés.— Leurs exigences. — Traité du 2C novembre. — Lettre de M. de Richelieu. —Traité de la Sainte-Alliance. — Ouverture des Chambre?. — Discours du roi. — M. Laine, président de la Chambre des députés. — Son discours. — Adresses des deux Chambres au roi. — Politique du duc de Richelieu. — Esprit du conseil. — Lois contre les cris séditieux et la liberté individuelle.— Loi des cours prévôtales. — Discussion et vote dans les deux Chambres. — Proposition du duc de Fitz-James. — Discours du comte d'Artois. — Retour du duc d'Orléans. — Son entrevue avec Louis XVIII.
Les peuples sont comme les hommes ; ils en ont les passions, les retours, les exaltations, les abattements, les repentirs, les hésitations, les incertitudes d'esprit. Ce qu'on appelle l'opinion publique dans les gouvernements libres n'est que l'aiguille mobile du cadran qui marque tour à tour les variations de cette atmosphère des choses humaines. Cette instabilité est plus soudaine et plus prodigieuse encore en France que dans les autres contrées du monde, si l'on en excepte l'antique race athénienne. Elle est devenue le proverbe de l'Europe.
L'historien français doit confesser ce vice de la nation dont il raconte les vicissitudes, comme il doit en signa-
1er les vertus. Cette mobilité même tient à une qualité de cette grande race française : l'imagination ; elle fait partie de sa destinée. Dans ses guerres, elle s'appelle élan ; dans ses arts, génie ; dans ses revers, abattement; dans ses abattements , inconstance ; dans son patriotisme, enthousiasme. C'est le peuple moderne qui a le plus de feu dans l'àme. C'est le vent de sa mobilité qui nourrit ce feu. On ne peut expliquer que par ce caractère de la race française ces délires qui semblent saisir à la fois toute la nation, à quelques mois de distance, pour les principes, pour les hommes et pour les gouvernements les plus opposés.
Nous touchons à une de ces étonnantes mobilités de l'opinion en France. Disons-en les causes.
La lueur des principes philosophiques dont l'ensemble compose ce qu'on a appelé la révolution n'avait nulle part, autant qu'en France, ébloui et réchauffé les âmes à la fin du dernier siècle. A la voix de ses écrivains , de ses orateurs, de ses tribuns, de ses guerriers, la France s'était mise la première à l'œuvre, sans considérer ce qu'il lui en coûterait de fatigues, de fortune et de sang pour renouveler ses institutions viciées par la vétusté des siècles, en religion officielle, en législation, en civilisation, en gouvernement. Une immense popularité s'était attachée dans le principe aux hommes qui avaient sapé le vieil édifice de son Église, de son trône, de ses lois. Son roi lui-même, pénétré jusque sur ce trône, à travers