‹ Histoire de la RestaurationChapitre 143 sur 193 · LIVRE TRENTE-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIEME

sa cour, de cet esprit unanime de rénovation , s'était généreusement déclaré le premier novateur de son royaume. Il avait commencé les réformes par celles de sa cour, les sacrifices par ceux de son autorité. La noblesse avait été aussi généreuse en renonçant à sa caste, à ses féodalités , à ses titres , à ses monopoles , pour se confondre avec la nation. L'Église seule, État dans l'État, principe se disant immuable même dans le temporel au milieu d'une civilisation perfectible, s'était renfermée dans l'inflexibilité des corps sans hérédité, sans famille et, par conséquent, sans responsabilité dans la nation. Elle n'avait concédé de ses privilèges temporels que ce qu'on lui avait arraché. Les guerres civiles avaient éclaté à sa voix dans les provinces sur lesquelles elle conservait le plus d'ascendant. Elle avait condamné la raison , la liberté et l'égalité modernes. Elle avait agité les consciences témérairement atteintes par l'Assemblée constituante dans la constitution civile du clergé ; constitution qui ne devait toucher qu'à l'établissement temporel, et non à la libre hiérarchie du sacerdoce. Elle avait fanatisé les paysans; les paysans avaient entraîné malgré eux leurs nobles dans ces extrémités du royaume.

Le reste de la nation, peu éclairé, avait rendu le roi, le clergé, la noblesse responsables de ces séditions du passé contre le temps, La colère et les soupçons du peuple avaient monté, la persécution avait poussé à l'émigration , l'émigration à la fureur, à la spoliation des familles, à la guerre nationale contre l'Europe. Le trône

s'était écroulé dans ce tumulte, abattu comme un drapeau de contre-révolution élevé au milieu de la révolution. Des démagogues effrénés avaient jeté au peuple les tètes du roi, de la reine, de sa famille, de la noblesse, de la bourgeoisie, pour nourrir de sang leur popularité. Us avaient péri eux-mêmes par la main de leurs rivaux. La France, inondée du sang de ses citoyens pendant dixhuit mois, avait été l'effroi du monde et d'elle-même. Les idées s'étaient troublées dans sa tête. La mêlée des événements, des guerres étrangères, des guerres civiles, des hommes, des choses, avait tellement confondu tous les drapeaux, que nul ne reconnaissait plus ses amis, ni ses ennemis : la révolution s'était noyée dans l'anarchie.

Elle commençait à se reconnaître, à s'épurer, à se constituer en démocratie tolérante sous le gouvernement républicain du Directoire, lorsque Bonaparte, personnifiant à la fois en lui l'usurpation de l'armée sur les lois et la contre-révolution , était venu interrompre soudainement, au 18 brumaire, le travail sourd de la civilisation nouvelle qui élaborait et triait les éléments de l'ordre nouveau.

Pour distraire le peuple de sa révolution, il l'avait lancé dans la guerre et conduit à la conquête de l'Europe ; il l'avait épuisé de population et de sang pour l'empêcher de penser et de remuer sous lui ; il lui avait fait apostasier par ses publicistes, par son mutisme et par sa police , tous les principes de sa régénération de 1789. En chassant les rois de leurs trônes, il s'était déclaré le vengeur et le restaurateur des sacerdoces et des royautés.

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