‹ Histoire de la RestaurationChapitre 144 sur 193 · IV · texte numérisé non relu

IV

La France avait respiré après sa première chute en 1814. La Charte avait repris l'œuvre de Louis XVI et promulgué les principes de l'Assemblée constituante. La révolution avait remonté à ses premiers beaux jours. Elle n'avait plus à craindre ni les ivresses de l'illusion, ni les résistances de l'Église, de la cour, de la noblesse, ni les crimes de la démagogie.

Le second retour de Bonaparte , grâce à la complicité de l'armée, avait une seconde fois interrompu cette ère de rénovation, de paix et d'espérance. Cette violence à la nation et à l'Europe avait été punie par une seconde invasion, qui humiliait, ruinait, décimait la France, et qui menaçait même de la partager en lambeaux. Bonaparte, en quittant son armée après sa défaite à Waterloo, et en abdiquant, avait emporté avec lui la responsabilité de ce désastre ; mais il avait laissé derrière lui le ressentiment de la nation contre l'armée, contre son parti, contre ses complices, contre son nom.

Ce malheur du temps avait besoin de retomber sur quelque chose. Il retombait alors comme une imprécation presque unanime sur le bonapartisme. Royalistes, libéraux, propriétaires, négociants, agriculteurs, artisans, débris des assemblées de 89, restes de la noblesse et du clergé, royalistes de la Vendée, du Midi, du Nord, constitutionnels ou républicains de l'est et du centre de la France, bourgeoisie des villes, dont les vingt mille familles avaient toutes un fils, un neveu, un frère dans V. 1G

la maison militaire du roi ; ports de mer dont la guerre continentale emprisonnait depuis vingt ans les navires , les expéditions , les produits dans les rades ; familles rurales qui pleuraient chacune un, deux, et quelquefois trois enfants laissant leur place vide au foyer, et sacrifiés en Espagne ou en Russie à l'ambition d'un conquérant ; villes et villages occupés par les Russes, les Prussiens, les Anglais, décimés par les réquisitions et les impôts ; tout le monde avait un grief, un ressentiment, un deuil, une ruine à venger sur ce nom d'un homme. L'accès de colère comprimé par la présence de l'armée, par la terreur de la police impériale , et par l'espérance d'une seconde gloire dont il avait un moment fasciné la France avant Waterloo , éclata dans tous les cœurs , excepté dans celui de ses soldats , aussitôt après sa chute.

L'opinion se jeta sans réflexion , sans prévoyance et sans mesure, au parti contraire dans les élections. Ni les ménagements recommandés par M. de Talleyrand aux commissaires du roi chargés d'aller présider et diriger les collèges électoraux , ni les agents de Fouché favorisant autant qu'il le pouvait les candidatures républicaines pour intimider la cour et le roi et maintenir l'équilibre n'y purent rien. L'opinion irritée en France n'écoute ni les tempéraments, ni les intrigues, ni les prudences ; elle va d'un bord à l'autre, comme l'Océan dans ses flux et reflux. Là est toute l'explication des élections de 1815, qui envoyèrent à la couronne une Chambre plus contrerévolutionnaire que l'Europe et plus royaliste que le roi.

Elle étonna ce prince lui-même par l'unanimité et par l'excès de sa colère contre la révolution, de son animo-

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