‹ Histoire de la RestaurationChapitre 145 sur 193 · LIVRE TKENTE-DEUXIEME · texte numérisé non relu

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site contre l'Empire, de son exaltation pour les Bourbons. Il sentit qu'il aurait plus de peine à contenir qu'à provoquer une telle passion pour sa famille. Il craignit même que certe passion ne le trouvât trop tiède dans sa propre cause, qu'elle ne lui reprochât l'humiliante concession qu'il avait faite en plaçant M. de Talleyrand et surtout un régicide dans ses conseils, et qu'elle ne fit du comte d'Artois, son frère, le dominateur, et peut-être le maître du règne. Il résolut de prévenir les exigences que les noms d'une pareille représentation lui présageaient , et de congédier lui-même son ministère avant l'ouverture des Chambres.

Il éprouvait néanmoins un secret embarras à disgracier M. de Talleyrand, qui lui avait tendu une main si protectrice en 1814, et dont l'ascendant sur la pairie et les intelligences avec les cours étrangères lui paraissaient mériter des ménagements et des prudences. Il le voyait avec une secrète joie, quoique mêlée d'amertume pour lui-même, se dépopulariser dans Paris par sa nonchalance, et échouer dans la négociation des conditions de paix par l'inflexibilité de l'Autriche et de la Prusse. Il lui était doux de pouvoir rejeter sur l'inhabileté de ce grand diplomate l'humiliation des ultimatum des puissances que M. de Talleyrand était assez souple pour accepter, et que lui, roi, était assez patriote pour ne pas consentir. Il voulait de plus se servir d'abord de la main de M. de Talleyrand pour congédier Fouché de son con-

seil. La ligue des mécontentements simultanés de ces deux hommes d'État lui semblait dangereuse à sa sûreté. Il fallait les diviser avant de s'en défaire. Il croyait avoir besoin encore quelque temps de M. de Talleyrand ; il pouvait désormais se passer de Fouché.

Le zèle et l'activité de son futur favori, M. Decazes, de jour en jour plus avant dans sa confiance, le rassuraient sur les conspirations des bonapartistes. M. Decazes , profitant de l'indolence de Fouché , inhabile aux détails , et des audiences secrètes du roi , s'emparait insensiblement de tous les ressorts de la police. Il ne laissait à Fouché que le nom de ministre et les hautes intrigues dans lesquelles ce ministre se complaisait à jouer le rôle d'homme nécessaire à tous les partis. Déjà le roi disait en parlant de son jeune confident : « Je relèverai » si haut qu'il fera envie aux plus grandes maisons de » France ! » L'orgueil et l'amitié se confondent dans le cœur des rois.

Louis XVIII perçait de l'œil ces intrigues transparentes de Fouché. Cet homme d'État continuait depuis le retour du roi le douL. J jeu qu'il avait joué pendant les cent-jours. Il intimidait le roi et le conseil des ministres sur des complots imaginaires et sur des périls exagérés. Il répandait lui-même, sous la forme d'avertissements officiels, des rumeurs sinistres, afin de propager l'agitation par les moyens mêmes qu'il feignait d'employer pour l'assoupir.

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