‹ Histoire de la RestaurationChapitre 15 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITifeMË · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITifeMË

Le soir du 27, Fouché et ses collègues, écrasés sous la double responsabilité qui pesait sur eux par la présence de Napoléon, funeste à la patrie s'il s'échappait, funeste à leur renommée s'il était fait prisonnier par l'ennemi , ordonnèrent au ministre de la marine de se rendre à la Malmaison et de déclarer à l'empereur que les frégates mises à sa disposition étaient prêtes et qu'on le priait de s'embarquer même avant l'arrivée des sauf-conduits. Une heure après , cet ordre du gouvernement au ministre de la marine était révoqué.

Par suite des progrès des alliés autour de Paris et de la Malmaison et des croisières anglaises devant les côtes, Fouché donnait ordre au ministre de la guerre Davoust d'envoyer au général Becker des gendarmes et des troupes pour garder les avenues de la résidence de Napoléon et pour prévenir son évasion. Becker, en conséquence de ces nouveaux ordres, qui resserraient la captivité de l'empereur , était autorisé seulement à l'escorter, sans le perdre de vue, à l'île d'Aix, où il devrait s'embarquer, ou rester en surveillance jusqu'à ce que la mer fût libre ou que les sûretés demandées aux Anglais pour sa fuite par mer fussent accordées. Fouché, Davoust et le gouvernement rappelèrent en même temps de la Malmaison, sous divers prétextes de service militaire ou civil , les officiers de la maison de l'empereur qui pouvaient servir ses desseins de résistance à l'exil , et fomenter dans son

âme, ou parmi les troupes voisines, des idées de révolte contre l'abdication.

Sa cour ainsi décimée, tant par les mesures du gouvernement que par cette solitude naturelle qui se fait d'elle-même autour des malheurs sans espoir, ne se composait plus que des hommes les plus irrémédiablement compromis dans son retour de l'ile d'Elbe: Maret, Lavalette, Flahaut, Gourgaud, Bertrand, Montholon, Savary, Las Cases. Ce dernier, ancien émigré d'une famille de cour , n'était qu'un simple chambellan admis dans la domesticité d'honneur du palais, et, plus tard, dans le conseil d'État après son retour de l'étranger. Il n'avait aucune complicité dans la nouvelle tentative d'empire. Plus enclin , par sa naissance et par ses relations , aux Bourbons qu'au règne nouveau , c'était un volontaire de la disgrâce impériale. Homme d'étude, familier avec l'histoire , il savait que les fidélités les plus obscures reçoivent des grands hommes auxquelles elles s'attachent dans des revers mémorables un reflet de grandeur et d'immortalité. Il méditait d'être un jour l'historiographe de cet exil sur lequel le monde et la postérité allaient porter à jamais leurs yeux. Il briguait dans cette pensée une place dans l'infortune de Napoléon, comme d'autres et comme lui-même en auraient brigué dans sa prospérité. Noble flatteur, qui avait caressé l'Empire par ambition, et qui allait flatter l'exil par la vanité du dévouement ! Il ne connaissait l'empereur que de vue dans ses palais, l'empereur ne le connaissait que de nom.

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