‹ Histoire de la RestaurationChapitre 16 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈME

Le général Becker avoua à l'empereur les ordres de rigueur qu'il venait de recevoir. Mais répugnant à ce rôle de geôlier que ces ordres lui infligeaient, il se rendit à Paris pour en avoir le commentaire ou l'adoucissement de la bouche des membres du gouvernement. On lui donna de nouveau l'ordre de presser le départ de Napoléon et de l'accompagner à l'île d'Aix , dans la rade de Rochefort. Il reçut un passe-port où Napoléon était désigné comme secrétaire de ce général. On craignait des émotions du peuple et des troupes pour ou contre lui sur la route. Becker avait-il des instructions secrètes pour cette éventualité? On l'ignore. Ce général montra, dans l'accomplissement si complexe et si délicat de ses devoirs , une mesure et une loyauté qui concilièrent toujours en lui le militaire obéissant à sa patrie et l'homme sensible respectant sa dignité et la dignité du malheur. Il communiqua à son retour à la Malmaison les ordres de départ et le passe-port à l'empereur. « Me voici donc » votre secrétaire, dit avec résignation le prisonnier. — »Oui, sire, répliqua Becker attendri, mais pour moi » vous êtes toujours mon souverain ! »

On feignit de se préparer au départ , mais tout annonçait encore dans l'intérieur de Napoléon que ces prépara-

tifs et cette résignation n'étaient qu'une feinte et qu'on attendait un prétexte à une insurrection contre la nécessité. L'empereur avait bien voulu détendre jusqu'à la Malmaison les liens qui l'attachaient à l'empire , il ne pouvait se résoudre à les trancher par un départ. Il attendait l'inconnu, il espérait l'impossible. Les premiers corps de l'armée de Grouchy se rapprochaient de plus en plus de lui, refoulés par les Prussiens et les Anglais.

Un général de cavalerie aventureux, intrépide, ne connaissant de la patrie que les camps, du gouvernement que l'empereur, méditait d'enlever son ancien général , de le replacer sur le pavois de ses escadrons , de grouper autour de lui les quatre-vingt mille hommes épars , débris de la campagne , et de remettre encore à son génie la lutte à mort, au delà de la Loire, contre l'étranger. C'était Excelmans, dont nous avons vu la faute contre la discipline, l'arrestation par Soult et la disgrâce populaire sous la première restauration.

Excelmans envoya à la Malmaison un de ses colonels, nommé Sentier, pour tenter Napoléon de ce noble désespoir. « L'armée du Nord , dit le colonel au nom de » son général , est intacte et passionnée encore pour vous. » Il est facile de rallier à ce noyau de troupes tout ce » qui reste de patriotisme et d'armes en France. Rien » n'est désespéré avec de telles troupes sous un tel chef.» L'empereur réfléchit , et , comme il avait fait constamment depuis quatre mois, à peine fut-il en présence de son espérance , qu'il l'abandonna pour une autre , et se rejeta sur les obstacles et dans la résignation.

« Remerciez votre général , dit-il à l'envoyé d'Excellemans, mais dites-lui que je ne puis accueillir sa propo-

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