‹ Histoire de la RestaurationChapitre 151 sur 193 · LIVRE TRENTE-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIEME

une marée de réaction par-dessus sa tête , ni dominer la cour, ni attendre les députés, ni couvrir contre l'indignation du pays les restes du parti révolutionnaire compromis dans les cent-jours, il disparaissait sans trace et sans regrets dans aucun parti. Il n'avait obtenu qu'un succès, et ce succès était une honte. En persuadant au roi de prendre Fouché dans ses conseils, il avait déshonoré la monarchie qu'il voulait servir.

Sa vie politique déclina, à dater de ce jour, malgré toutes les manœuvres qu'il ne cessa d'employer pour ressaisir une popularité qu'il avait justement diminuée luimême par son insuffisance devant ces grandes conjonctures. Il ne la ressaisit en 1830 et il n'agrandit alors son nom qu'en désavouant sans dignité le principe de l'hérédité des trônes, dont il avait fait, en 1814, le dogme des monarchies, et en se faisant le complice du succès contre le principe, avec la maison d'Orléans, dernier refuge de toutes ses ambitions.

Le roi, qui s'était entretenu avec M. Decazes du duc de Richelieu, chargea son favori de le voir et de lui offrir la présidence du conseil des ministres. Indépendamment de l'estime générale et méritée qui attirait la pensée du roi vers ce nom, et du prestige de ce nom en luimême , qui semblait renouer son cabinet à la mémoire d'un des hommes d'État à qui la famille des Bourbons devait la terreur et l'omnipotence de la monarchie, le roi

avait un instinct très-juste et très-habile en plaçant son gouvernement sous les auspices d'un si grand nom.

L'empereur de Russie avait été aliéné de M. de Talleyrand au congrès de Vienne, l'année précédente, par les manœuvres mal couvertes de ce diplomate, qui avait conclu une alliance secrète avec l'Autriche en dehors et contre les intérêts de la Russie. M. de Talleyrand en agissant ainsi avait suivi la politique lâche et mesquine du cardinal de Bernis, sous Louis XV. La France ne s'alliait ainsi qu'en se liant. Par le ressentiment sourd que l'em- j pereur de Russie avait conçu de cette duplicité et de cette ingratitude du cabinet des Tuileries , qui lui devait tout ] jusqu'au trône , il était moins disposé à avoir envers un ministère dirigé par M. de Talleyrand qu'envers tout I autre les complaisances et les générosités que le roi avait 1 à solliciter de lui pour adoucir les conditions des vain- | queurs. Les exigences envers le roi pouvaient être des vengeances personnelles de ce souverain contre M. de I Talleyrand. Un ministre qui garantirait à la Russie la loyauté et l'amitié du gouvernement des Bourbons obtien- I drait peut-être de l'empereur Alexandre, arbitre de l'Eu- I rope, des adoucissements aux rigueurs du sort. M. de Richelieu semblait désigné par sa vie pour cette négocia- I tion sur le cœur d'Alexandre. C'était un de ces hommes I prédestinés par la naissance, par le nom, par la nature et par les hasards même de leur existence, à se jeter comme médiateurs entre les événements, et à sauver leur patrie, quand tout semble conjuré pour la perdre.

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