‹ Histoire de la RestaurationChapitre 152 sur 193 · LIVRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

Armand, duc de Richelieu, petit-neveu par les femmes du cardinal, était petit -fils du maréchal de Richelieu, l'Àlcibiade français. Il faut omettre de cette généalogie illustre le duc de Fronsac, son père, éclipse d'une génération dans une grande race. Le génie du gouvernement, le génie de la guerre et le génie de la cour semblaient ainsi se concentrer sur ce nom.

Le duc de Richelieu avait alors quarante -neuf ans. Jeune et impatient de gloire comme La Fayette avant 1789, il était allé chercher dans la lutte des Russes contre les Turcs à cette époque , des occasions et des leçons de guerre sous l'aventureux général Souvarof . Il s'était fait remarquer par ce héros au fameux assaut d'Ismaïl , ce Saragosse de la Turquie. Il était accouru des frontières de l'empire ottoman à l'armée de Condé pour offrir son bras et son sang à la défense des Bourbons et du trône, ces deux devoirs de sa propre race. Après la dissolution de cette armée brave, mais répudiée à la fois par la France et par l'étranger, il avait poursuivi sa cause en Angleterre, où elle avait encore des défenseurs et des espérances. Il y avait commandé jusqu'en 1794 un de ces corps d'émigrés que l'Angleterre entretenait à sa solde comme des auxiliaires de guerre civile, quand le continent s'ouvrirait aux princes inactifs de la maison de Bourbon. Cette oisiveté sans gloire pesait à l'âme élevée et noble du duc de Richelieu. La guerre civile répugnait à son patriotisme. Il retourna en Russie offrir ses ser~

vices à l'empereur Paul Ier. Bien accueilli d'abord, disgracié ensuite par un des caprices de ce prince, généreux de cœur, mais ombrageux d'esprit , il avait été rappelé par l'empereur Alexandre, au moment de son avènement au trône. La conformité d'âge et de caractère avait lié d'une amitié plus intime et plus solide que la faveur des cours le jeune empereur et l'illustre proscrit. Mais la Russie était en paix. Le besoin de revoir sa patrie et les sollicitations de Napoléon , qui recherchait les noms illustres pour s'entourer de tous les prestiges, avaient rappelé un moment le duc de Richelieu à Paris.

Respectueux envers le premier consul , il n'avait cependant pas consenti à désavouer, pour s'attacher à sa fortune , les traditions de sa maison et les attachements de sa jeunesse. Un éclat de ces sentiments dans son langage l'avait fait exiler. Ses souvenirs le rappelaient en Russie, où l'attendait l'amitié du czar. Alexandre, qui s'occupait alors de peupler, de civiliser, de bâtir, d'armer la belle partie de son vaste empire que baigne la mer Noire, lui avait donné le gouvernement général de toute la nouvelle Russie. Il avait créé, construit, agrandi Odessa, cette capitale territoriale et maritime de la Crimée. Il avait ébauché, en dix ans d'administration sage et prospère, un empire entre le Dniester et le Caucase. Il n'avait eu que des bienfaits à répandre, des végétations spontanées de peuple, de commerce, de navigation à seconder. Il avait compris la nature, et la nature l'avait aidé. Son nom, comme celui d'un fondateur antique de colonie, semeur de races, grandi par le lointain et servi par les circonstances, était béni dans l'Orient, renommé dans l'Occident.

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