‹ Histoire de la RestaurationChapitre 153 sur 193 · LIVRE TRENTE-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIEME

La guerre continentale l'avait ramené dans les camps, dans les conseils, et dans l'intimité d'Alexandre.

On l'a vu, en 1814 et pendant les cent-jours, suivre ou représenter son souverain et son ami à Paris, à Vienne, à Gand. Sujet à la fois de deux princes, Louis XVIII et Alexandre, il était le lien qui cherchait à les unir pour les servir tous les deux. Sa réputation et son caractère inspiraient un sérieux respect au roi et aux princes français. Les armées et les diplomaties étrangères le considéraient comme un de ces hommes sans tache qui brillent moins par leur éclat que par leur pureté. La noblesse française le citait avec orgueil , l'armée et le peuple avec estime. Étranger, par son long éloignement de France, à toutes les colères , à toutes les fautes , à toutes les ambitions des partis , il présentait à tous cette condition de neutralité dans les passions et d'impartialité dans les pensées, heureuse condition des hommes qui ont longtemps quitté leur patrie et qui y rentrent comme arbitres au-dessus des reproches et des lassitudes des temps de révolution.

Ce caractère moral du duc de Richelieu était relevé en lui par toutes les noblesses et toutes les grâces extérieures qui complètent les hautes vertus par les hautes popularités dans un homme en évidence. Son visage portait son nom. Son front était élevé, ses yeux limpides, son nez aquilin, sa bouche entr'ouverte. L'ovale grec de ses traits rappelait la beauté de son grand-père dans sa jeunesse ; mais son expression n'en avait ni la légèreté, ni l'audace, ni la vanité. On sentait qu'une révolution sérieuse et triste avait passé sur cette splendeur naturelle de race, et y avait empreint la réflexion,

la maturité, la vertu des longues adversités. Le caractère dominant de sa figure comme de son âme était la modestie. C'était un homme qu'il fallait toujours convaincre de sa propre suffisance , et à qui on ne pouvait faire accepter un honneur qu'en lui démontrant que c'était un devoir.

Il était adoré de sa famille. Deux sœurs qu'il avait laissées en France, et qui habitaient Paris, ne vivaient que de son souvenir et de son affection, la comtesse de Jumilhac et la marquise de Montcalm. La marquise de Montcalm , liée par l'intelligence et le cœur avec l'élite littéraire , aristocratique et politique de Paris , avait un salon ouvert à toutes les puissances et à toutes les célébrités du temps. Femme gracieuse et éminente, dont l'âme et le visage retraçaient son frère , on ne la séduisait que par des vertus, et elle ne séduisait elle-même que par les dignités de l'esprit et la noblesse du cœur. Sa maison était le cercle des amis du duc de Richelieu. On y rencontrait la cour, le parlement, l'armée, la ville, la diplomatie de l'Europe. On n'y intriguait pas ; on y mûrissait dans l'intimité les plus hautes pensées pour la réconciliation des partis, pour l'indépendance et la dignité de la France. M. Laine en était le modeste et patriotique oracle. La conformité de nature et d'amour du bien avaient attiré instinctivement l'un vers l'autre ces deux hommes qui ne se connaissaient que par leurs noms : M. Laine, la vertu de la bourgeoisie ; M. de Richelieu, le patriotisme de la noblesse. Jls se complétaient en s'unissant.

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