‹ Histoire de la RestaurationChapitre 155 sur 193 · LIVRE TRENTE-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIEME

chargée, de plus, des frais de solde et d'entretien des cent cinquante mille garnisaires que les puissances laissaient sur son territoire. L'amende nationale de la France pour le retour de Napoléon de File d'Elbe était en argent d'environ un milliard et demi , en force nationale ses places fortes , en sang répandu soixante mille hommes, en honneur le licenciement de son armée, et une garnison étrangère pour garder à vue un empire enchaîné. Voilà ce que la dernière aspiration de Bonaparte au trône et à la gloire coûtait à sa patrie. Onze cent quarante mille soldats étrangers foulaient en ce moment le sol français.

Les puissances néanmoins, au moment où elles enchaînaient ainsi la France conquérante , enchaînaient en même temps le roi au système constitutionnel qu'elles lui avaient imposé par leurs conseils en 1814, et qu'elles jugeaient une salutaire nécessité de la popularité du trône en France. Spectacle étrange et bien propre à faire mesurer au regard de l'homme d'État le triomphe graduel du principe de liberté en Europe ! C'était la contre-révolution armée et victorieuse qui imposait elle-même des conditions de gouvernement populaire à l'ancien régime.

« Les cabinets alliés, » — disait une des stipulations du traité, — « trouvent leurs garanties dans les principes » éclairés, les sentiments magnanimes et les vertus peri) sonnelles du roi. Le roi a reconnu avec eux que dans

» un État déchiré pendant un quart de siècle par les ré- » volutions , ce n'est pas à la force seule de ramener la «calme dans les esprits, la confiance dans les âmes, » l'équilibre dans le corps social... Loin de craindre que » le roi prête l'oreille à des conseils imprudents ou pas- »sionnés, propres à renouveler les alarmes, à ranimer » les haines ou les divisions dans le pays, les puissances »sont rassurées par les déclarations du roi en 1814 et » notamment depuis son retour. Ils savent que le roi » opposera aux ennemis du bien public son attachement » aux lois constitutionnelles promulguées sous ses aus- »pices, et sa volonté bien prononcée de ne conserver » des temps passés que le bien que la Providence a fait » sortir du sein même des calamités publiques. Ce n'est » qu'ainsi que les vœux formés par les cabinets alliés » pour la conservation de l'autorité constitutionnelle du » roi seront couronnés d'un succès complet , et que la o France, rétablie sur ses anciennes bases, reprendra la » place éminente qui lui appartient dans le système eu- » ropéen. »

Le même jour où l'Europe réunie signait ce pacte, avec la France et avec l'esprit moderne, d'intervention des peuples dans leur gouvernement, l'empereur Alexandre, inspiré par madame de Krudener, qui l'avait suivi à Paris, signait le traité de la Sainte-Alliance , rêve de son âme pieuse, sorte de contrat social des rois. Ce pacte faisait des grands principes fraternels du christianisme le code d'un droit public nouveau entre les princes, en attendant

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