LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
que ces mêmes principes promulgues plus tard par la France et par la révolution de 1848, devinssent le code des peuples entre eux. C'était le nouveau droit public européen dont une femme mystique avait communiqué l'inspiration au plus puissant monarque de la coalition , et dont Alexandre avait voulu être l'apôtre couronné. Les puissances le signaient par complaisance et par flatterie pour le chef de la ligue européenne. L'Angleterre seule s'y refusait par respect pour la liberté des croyances chrétiennes ou non chrétiennes, fondement de sa législation civile. Ce traité, que les préventions et les suppositions du parti libéral ont cru longtemps le gage mutuel de l'asservissement des peuples entre les rois , n'était en principe qu'un acte de foi dans la Providence, promulgué par un prince reconnaissant après la délivrance du continent, et un acte qui devait substituer dans les transactions des Empires la morale et l'équité à l'arbitraire et à la force. Nous le conservons ici à la mémoire d'Alexandre,
« Au nom de la très-sainte et invisible Trinité, » LL. MM. l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse et » l'empereur de Russie, par suite des grands événements » qui ont signalé en Europe le cours des trois dernières » années , et principalement des bienfaits qu'il a plu à la » divine Providence de répandre sur les États dont les » gouvernements ont placé leur confiance en elle seule , » ayant acquis la conviction intime qu'il est nécessaire » d'asseoir la marche à adopter par les puissances , dans
» leurs rapports mutuels, sur les vérités sublimes que » nous enseigne l'éternelle religion du Dieu sauveur,
» Déclarent solennellement que le présent acte n'a » pour objet que de manifester à la face de l'univers leur » détermination inébranlable de ne prendre pour règle de » leur conduite, soit dans l'administration de leurs États » respectifs, soit dans leurs relations politiques avec tout » autre gouvernement, que les préceptes de cette religion » sainte, préceptes de justice, de charité et de paix , qui, » loin d'être uniquement applicables à la vie privée, doi- » vent au contraire influer directement sur les résolutions » des princes et guider toutes leurs démarches , comme » étant le seul moyen de consolider les institutions hu- » maines et de concourir à leurs perfectionnements.
» En conséquence , leurs Majestés sont convenues des » articles suivants :
» 1° Conformément aux paroles des saintes Écritures, » qui ordonnent à tous les hommes de se regarder comme » frères , les trois monarques contractants demeureront » unis par les liens d'une fraternité véritable et indisso- » lubie ; se considérant comme compatriotes , ils se prê- » teront en toute occasion , et en tous lieux , assistance, »aide et secours; se regardant, envers leurs sujets et » armées, comme pères de famille, ils les dirigeront dans » le même esprit de fraternité dont ils sont animés, pour » protéger la religion, la paix et la justice.
» 2° En conséquence, le seul principe en vigueur, soit «entre lesdits gouvernements, soit entre leurs sujets, » sera celui de se rendre réciproquement service ; de se » témoigner, par une bienveillance inaltérable, l'affection » mutuelle dont ils doivent être animés ; de ne se consi-