LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
»dcrer que comme membres d'une même nation ehrc'- » tienne ; les trois princes alliés ne s'envisageant eux- » mêmes que comme délégués de la Providence pour » gouverner trois branches d'une même famille, savoir : » l'Autriche, la Prusse et la Russie ; confessant ainsi que » la nation chrétienne , dont eux et leurs peuples font » partie, n'a réellement d'autre souverain que celui à qui » seul appartient en propriété la puissance, parce qu'en » lui seul se trouvent tous les trésors de l'amour , de la » science et de la sagesse infinie, c'est-à-dire Dieu, notre » divin sauveur Jésus-Christ, le Verbe du Très-Haut, la » Parole de vie. Leurs Majestés recommandent en consé- » quence, avec la plus tendre sollicitude, à leurs peuples, » comme unique moyen de jouir de cette paix qui naît » de la bonne conscience et qui seule est durable, de se » fortifier chaque jour davantage dans les principes et » l'exercice des devoirs que le divin Sauveur a enseignés » aux hommes.
» 3° Toutes les puissances qui voudront solennelle- » ment avouer les principes sacrés qui ont dicté le présent «acte, et reconnaîtront combien il est important au » bonheur des nations , trop longtemps agitées , que ces » vérités exercent désormais sur les destinées humaines » toute l'influence qui leur appartient, seront reçues avec » autant d'empressement que d'affection dans cette sainte » alliance. »
Le roi n'attendait que la signature du traité de pacification pour ouvrir la session des Chambres. 11 reparut le
30 novembre devant elles, accueilli sur son passage et dans l'Assemblée par des acclamations frénétiques qui présageaient moins l'amour pour sa personne que la haine contre ses ennemis. C'était la vengeance des acclamations soldatesques qui l'avaient expulsé le 20 mars de son trône et de son palais. L'Assemblée, presque entièrement composée d'hommes de cour, d'émigrés, d'écrivains ou de journalistes de l'ancien régime , de nobles de province, de royalistes des départements, chargés par la colère publique de venger la France de la Révolution et de l'Empire, présentait le spectacle d'une autre France exhumée des cendres de l'invasion.
Les femmes de la cour, de la haute aristocratie et de la ville, toujours plus passionnées que les hommes, remplissaient les tribunes, battaient des mains , versaient des larmes, agitaient des mouchoirs blancs et répandaient sur cette scène triste en elle-même, l'agitation d'une joie sinistre qui demandait en ce moment des acclamations et qui bientôt peut-être demanderait du sang. Dans les rangs élevés de la société comme dans les rangs obscurs du peuple , les femmes faibles et timides deviennent facilement cruelles. Il faut des idoles à leur amour et des victimes à leur haine. On pressentait dans l'accent de cet enthousiasme des femmes du monde aristocratique dans les tribunes les prochaines exigences de leur royalisme. Les yeux en étaient ravis, les cœurs consternés. Le roi , dans l'expression à la fois heureuse, assombrie et mélancolique de sa physionomie , semblait craindre cet excès d'amour tout en le savourant.
Son frère rayonnait de confiance et encourageait du regardées démonstrations. 11 se sentait, pour la première