‹ Histoire de la RestaurationChapitre 158 sur 193 · LIVRE TRENTE-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIEME

fois de sa vie, dans l'élément de ses opinions contrerévolutionnaires. La Chambre lui appartenait de cœur. Il voyait en elle son parti et il croyait que ce parti était la France.

Le duc de Berry montrait la loyauté et l'insouciance d'un soldat. Le duc d'Angoulème, qui se modelait sur le roi, son oncle, et qui venait de voir les fureurs du Midi, paraissait triste, contenu et réservé. Ce prince, mal servi par son extérieur, recouvrait sous sa timidité et sous sa modestie plus de sens politique et plus de modération que sa famille. La cour le regardait avec dédain , parce qu'il ne partageait pas ses passions ; le peuple avec respect, parce qu'à travers les disgrâces de son visage il discernait en lui les intuitions d'un Germanicus. Le roi l'aimait comme un élève dans l'esprit duquel il versait sa tristesse et ses leçons. Il s'appuyait avec abandon sur son bras.

Quand le silence eut enfin calmé les murmures et les curiosités de cette scène où le roi proscrit par la sédition militaire allait ouvrir son âme à la représentation libre et passionnée de son peuple, il parla ainsi :

c< Lorsque l'année dernière je convoquai pour la pre- » mière fois les Chambres, je me félicitai d'avoir, par un » traité honorable, rendu la paix à la France.

»Elle commençait à en goûter les fruits; toutes les » sources de la prospérité publique se rouvraient.

» Une entreprise criminelle , secondée par la plus in- » concevable défection , est venue en arrêter le cours.

» Les maux que cette usurpation éphémère a causés » à notre patrie m'affligent profondément ; cependant je » dois déclarer ici que , s'il eût été possible qu'ils n'attei- » gnissent que moi, j'en bénirais la Providence.

» Les marques d'amour que mon peuple m'a données » dans les moments même les plus critiques m'ont sou- » lagé dans mes peines personnelles ; mais celles de mes » sujets, de mes enfants, pèsent sur mon cœur.

» C'est pour mettre un terme à cet état d'incertitude, »plus accablant que la guerre même, que j'ai dû conclure avec les puissances, qui, après avoir renversé » l'usurpateur, occupent aujourd'hui une grande partie » de notre territoire , une convention qui règle nos rap- » ports présents et futurs avec elles.

» Elle vous sera communiquée sans aucune restriction » aussitôt qu'elle aura reçu sa dernière forme.

» Vous connaîtrez , et la France entière connaîtra la » profonde peine que j'ai dû ressentir ; mais le salut » même de mon royaume rendait cette grande détermi- » nation nécessaire; et quand je l'ai prise j'ai senti les » devoirs qu'elle m'imposait.

» J'ai ordonné que cette année il fût versé , du trésor » de ma liste civile dans celui de l'État, une portion » considérable de mon revenu. Ma famille, à peine » instruite de ma résolution, m'a offert un don propor- » tionné.

«J'ordonne de semblables diminutions sur les traite- » ments et les dépenses de tous mes serviteurs, sans ex- » ception. Je serai toujours prêt à m'associer aux sacrifices » que de douloureuses circonstances imposent à mon » peuple.

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