‹ Histoire de la RestaurationChapitre 160 sur 193 · LIVRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

« Messieurs, » dit M. Laine en prenant possession de la présidence , « le sentiment dominant des Français , » celui qui absorbe vos âmes, celui des malheurs de la » patrie, fait taire en moi-même la reconnaissance. Qui » pourrait, en effet, au milieu des calamités communes, » former d'autres vœux, avoir d'autres pensées que d'a- » doucir les maux qui, depuis huit mois, accablent le roi » et la France? Une grande espérance nous est pourtant » donnée. Le serment solennel prêté dans cette enceinte » permet de croire que les débats sur les questions politi- » ques vont enfin se taire devant une charte qui rallie » les opinions et rassure les intérêts. Montrons qu'un » malheur commun élève les caractères!... Laissons à »Dieu, qui afflige ce peuple, à juger les rois; mais en- » tourons le nôtre de toute la force dont il a besoin pour » éteindre les passions , étouffer les discordes , faire res- » pecter la France et protéger la liberté ! »

La Chambre , peu digne d'entendre ces paroles et incapable de les comprendre, répondit au discours du roi avec un accent de pénible résignation à la clémence, qui indiquait, dès le premier acte, qu'elle imposerait ses ressentiments et ses représailles à la couronne, et qu'elle ne respecterait son gouvernement qu'à la condition de le dominer.

((Au milieu des vœux de concorde,» — disait la Chambre, — «c'est notre devoir de solliciter votre jus- »tiee contre ceux qui ont mis le trône en péril; votre

» clémence a été sans bornes, nous ne venons pas vous )) prier de la rétracter, mais nous vous supplions au nom » du peuple même, victime des malheurs dont le poids » l'accable, de faire enfin que la justice marche là où la «clémence est arrêtée. Que ceux qui, aujourd'hui en* »core, encouragés par l'impunité, ne craignent pas de » faire parade de leur rébellion , soient livrés à la juste » sévérité des tribunaux. La Chambre concourra avec » zèle à la confection des lois nécessaires à l'accomplisse- » ment de ce vœu. Ne confiez qu'à des mains pures votre » autorité ! »

On sentait dans ce premier vœu l'impatience de sévir, dans le second l'impatience de s'emparer du pouvoir royal. Ces mains pures , allusion à Fouché et à Talleyrand, étaient une offense au prince lui-même, sous la forme de l'avertissement. Le roi la ressentit jusqu'au fond du cœur. Il commença à craindre davantage de ses amis que de ses ennemis.

La Chambre des pairs, dans laquelle M. de Talleyrand avait introduit des hommes plus modérés , plus expérimentés aux révolutions, mais plus serviles, n'eut le courage ni de contredire, ni de ratifier le langage de la Chambre des députés. Elle cherchait le vent pour le suivre. Elle balbutia, dans une adresse obscure où les formes de la paraphrase couvraient le vide des idées, sa réponse au discours du roi.

Les dispositions de la Chambre des députés, toutes conformes aux opinions et aux colères du comte d'Artois

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