‹ Histoire de la RestaurationChapitre 163 sur 193 · LIVRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

été devant la Terreur. Il osa dire la vérité à ses amis , comme il l'avait dite à ses ennemis.

« Votre loi est injuste, parce qu'elle fait du soupçon » un crime , parce qu'elle envoie le suspect devant des » juges dépendants de l'accusateur ! C'est la loi de 1793, » mieux combinée encore pour intimider toutes les ima- » ginations, pour asservir toutes les consciences ! Rome » et l'Angleterre même dans les dangers publics n'eurent » pas de telles lois. » Les pairs , victimes et instruments tour à tour de l'arbitraire qu'on implorait d'eux , s'irritèrent à la voix de Lanjuinais comme la passion s'irrite quand on la trouble par une vérité.

Boissy-d'Anglas, Marmont, Lenoir Laroche, sans nier la nécessité de lois rigoureuses , cherchèrent à atténuer l'arbitraire et l'irresponsabilité de ces tribunaux. Fontanes, esprit cultivé et doux, mais amateur du despotisme sous tous les noms, les défendit par cet éternel motif qui justifie toutes les dictatures : que le premier besoin de toutes les sociétés, c'est l'ordre et non la liberté, axiome vrai pour les temps et pour les hommes qui séparent l'ordre du droit , inséparables dans les civilisations perfectionnées et morales. Le duc de Brissac, élevé à la même école de l'Empire, les trouva indulgentes. Les avis les plus âpres, sous la Restauration, furent presque toujours conseillés par les hommes assouplis à la domination et complices du régime impérial de Napoléon.

La loi fut votée par cette assemblée avec le regret non déguisé de n'avoir pas à en voter de plus absolues et de plus efficaces. Il fut évident que la Chambre des pairs n'opposerait ni tempérament, ni obstacle aux violences de la Chambre des députés. M. de Talleyrand et Fouchéj

en introduisant dans ce sénat les débris vivants de tous les gouvernements révolutionnaires et de toutes les cours, n'y avaient introduit ni le courage civique, ni l'indépendance, ni la dignité des caractères. La Chambre des députés avait les passions du temps , la Chambre des pairs en avait les servilités. C'était le dépôt de trente ans de révolutions , où les courtisans d'Hartwell , les séides de Napoléon, les révolutionnaires de 89, les législateurs de l'Empire, les hommes de guerre fatigués, ne se rencontraient que dans une lassitude commune et dans leur complaisance banale pour tous les pouvoirs protégeant leurs titres, leur fortune, leurs dignités et leur repos. De rares exceptions y faisaient contraste plutôt qu'opposition à l'esprit général de souplesse et d'adulation. L'aristocratie nationale n'existait plus. Le cardinal de Richelieu l'avait tuée ; elle ne pouvait être remplacée en France dans un sénat que par l'aristocratie de cour , faite pour servir , non pour résister.

Le duc de Fitz-James, descendant des Stuarts, attaché au comte d'Artois, homme léger de tête, chaud de cœur, noble d'âme , éloquent de nature , plus propre qu'aucun des amis du prince à prendre un rôle dans le parlement et à rappeler la voix et les doctrines de Cazalès, essaya de populariser le duc d'Angoulème en faisant voter des félicitations à ce prince pour avoir préservé le Midi de l'invasion des Espagnols. Le prince méritait ces éloges.

Le comte d'Artois les écarta avec une convenance et

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