‹ Histoire de la RestaurationChapitre 164 sur 193 · LIVRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

une modestie paternelles qui émurent la France : c< Par- » donnez, dit -il en montant pour la première fois de sa » vie à la tribune , à l'émotion d'un père qui entend l'é- » loge d'un fils digne de tout son amour et de celui de » la France. Il est absent, et c'est à moi d'être son inter- » prête. S'il avait eu le bonheur de déployer contre les » ennemis extérieurs de la France le courage que vous » voulez honorer en lui, une telle récompense mettrait le » comble à ma satisfaction et à sa gloire. Mais Français , » prince français, mon fils peut-il oublier que c'est contre »des Français égarés qu'il a été forcé de combattre? » Permettez que je refuse pour mon fils des remerciments » acquis à ce titre ! »

L'Assemblée obéit à ce scrupule de l'héritier du trône, et le duc de Fitz-James , en retirant sa proposition , fit recueillir à son maître l'honneur de ce refus. Cet hommage au deuil de la patrie ramena des cœurs au comte d'Artois.

Le roi ne vit pas sans ombrage les princes de sa maison monter à la tribune ou juger dans la Chambre des pairs. L'opposition eût été funeste. La popularité même était dangereuse dans des rangs si rapprochés du trône. Le roi , en félicitant son frère sur son succès oratoire, ne pouvait oublier le duc d'Orléans, dont le rôle de tribun à la Chambre des pairs, si ce prince voulait le prendre, agiterait l'empire et menacerait même le trône.

Le duc d'Orléans, dont nous avons vu la conduite à la fois irréprochable et ambiguë depuis 1814, les caresses à

l'armée pendant sa présence à Lille, les réminiscences flatteuses au drapeau tricolore, le départ pour l'Angleterre, le séjour à Londres pendant les cent-jours, l'affectation habile à séparer sa cause de celle de Gand, venait de rentrer en France. Son attitude suspecte en Angleterre, où les membres les plus libéraux de l'opposition le recherchaient et le présentaient comme le contraste à l'impopularité de sa race ; les rumeurs qui avaient couru en France, pendant les cent-jours, d'un complot orléaniste dont il n'était pas le complice, mais dont il était le drapeau ; la marche interrompue sur Paris des généraux Lallemand et de leur corps d'armée, énigme dont il était, à son insu, le vrai mot; son caractère obséquieux à la cour ; ses opinions transparentes par tous ses actes, quoique voilées par ses paroles dans le public ; son rang, qui commandait le respect pendant que son indépendance lui permettait la popularité ; ses talents très-distingués , quoique de cet ordre secondaire qui attire la considération sans éveiller l'envie ; les souvenirs de la révolution qui l'entouraient d'un double intérêt; homme de 1792 pour les patriotes, émigré pour les royalistes; complice pour les uns, victime pour les autres ; citoyen pour ceux-ci , prince pour ceux-là , considérable pour tous : tout cela faisait du duc d'Orléans à la fois une force et une menace pour la monarchie. Le roi était justement offensé de l'isolement affecté dans lequel ce prince s'était tenu de lui et des autres princes de sa maison pendant l'interrègne de Gand. Le duc d'Orléans, après la défaite de Waterloo , avait laissé répandre , pour se justifier, que c'était par ordre exprès du roi qu'il s'était abstenu de prendre les armes contre son pays. Le roi,

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