LIVRE TRENTE-DEUXIEME
Les meilleurs en subirent la triste influence. M. de Rouge demanda la peine de mort contre ceux qui arboreraient un autre drapeau que le drapeau blanc. « N'est-ce pas » un drapeau arboré à Grenoble qui a été la cause de »nos derniers malheurs?» dit-il. M. de Chateaubriand s'indigna à propos de l'article du projet de loi qui portait une peine contre ceux qui menaceraient la légitimité de la possession des biens nationaux.
« Disposition barbare, dit-il, qui atteindra le malheu- » reux émigré dépouillé qu'un acquéreur jaloux de son » foyer aura surpris versant quelques larmes, exhalant » quelques regrets sur la tombe de son père ! Comment » imposer un silence que rompraient au besoin les pierres » mêmes qui servent de borne aux héritages dont on » veut rassurer les possesseurs ? »
« Pour quel crime réserverez- vous la mort, dit M. de » Frondeville ; avons-nous des îles pour y reléguer de » pareils monstres? C'est un des malheurs de notre temps » que cette philosophie froide qui, à côté des horreurs les » plus atroces, place les peines les plus douces. Mena- » çons le parricide de la mort et nous préviendrons le » parricide ! »
Ainsi la peine qui tue était substituée à la peine qui corrige, et l'humanité même devenait crime aux yeux de ces vengeurs de l'humanité qui revenaient eux-mêmes de l'exil et qui avaient leur sang sous tous les échafauds de la révolution. Le défenseur de Louis XVI, de Sèze luimême, qui avait disputé avec tant de gloire une tête auguste à la hache politique, demandait aujourd'hui aux lois la mort. Tout respirait les représailles de la contrerévolution. Le sang ne pouvait tarder à couler. Il coulait
déjà par la main du peuple dans les provinces passionnées de la France. Les lois allaient arracher le glaive aux mains du peuple, non pour le désarmer, mais pour l'imiter.