‹ Histoire de la RestaurationChapitre 167 sur 193 · LIVRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÈME

La terreur de 1815. — État de Paris. — Situation du Midi. — Massacres de Marseille. — Assassinat du maréchal Brune à Avignon. — Massacres de Nîmes. — Les verdets. — Intervention du duc d'Angoulême. — Héroïsme du général Lagarde. — Assassinat du général Ramel à Toulouse. — Les jumeaux de la Réole. — ■ • Leur jugement. — Leur mort. — Labédoyère. — Son voyage à Paris. — Son arrestation. — Son jugement. — Sa mort.

Les opinions adverses, mais tempérées comme le climat et les mœurs , n'avaient rougi d'aucun sang la capitale pendant les nombreuses transformations politiques dont nous venons de faire le récit. Le spectacle des écbafauds de la terreur pendant les dix-huit mois d'immolation de la Convention avait inspiré à Paris la satiété et l'horreur du sang. Les mœurs légères, les événements plus rapprochés de l'œil , devenus spectacle et aliment à la curiosité publique ; l'habitude de voir s'élever, tomber, se relever les partis et les hommes ; les distractions nombreuses qui évaporent les amours comme les colères des peuples ; la présence d'une force armée et d'une force civique imposant de près et à l'instant à la multitude, et, par-dessus tout, l'immensité d'une ville où les citoyens inconnus les uns aux autres ne nourrissent pas ces antipathies de clocher, de religion, d'opinion, et ces animosités personnelles qui ne s'éteignent que dans la mort, avaient préservé Taris de crimes.

Mais le Midi bouillonnait depuis 1814. Les âmes ont leur climat comme les terres. Le Midi est le foyer de l'imagination française. L'imagination est la mesure des impressions populaires. C'est par cet organe que la sensibilité plus molle ou plus active reçoit et renvoie, avec •dus ou moins de passivité ou d'énergie, les contre-coups

M8 événements qui abattent ou exaltent un peuple. Les opulations méridionales de la France sont le mouvement et quelquefois ce vertige de la patrie. Aix avait enfanté Mirabeau en 89, Marseille avait envoyé ses enfants provoquer le 10 août en 92, Avignon avait égalé en 1793 les crimes de Rome sous ses proscripteurs, Toulon s'était jeté aux Anglais, Nimes aux protestants, Lyon s'était armé et incendié contre la tyrannie de la révolution dont cette ville plébéienne avait été un des plus ardents foyers ; les Cévennes , saignantes encore des exécutions de Louis XIV, nourrissaient dans l'opposition héréditaire de deux cultes tour à tour persécutés et persécuteurs des levains de haine que fomentaient les divisions politiques.

La Restauration avait fait trembler les protestants sur la conservation de la liberté de conscience ; ils avaient redouté l'inévitable alliance entre les descendants de Louis XIV et les successeurs de Bossuet ; bien que républicains d'opinion , ils avaient accueilli comme un salut le retour de Napoléon. Leur joie avait irrité les catholiques et les royalistes, qui brûlaient de se venger à leur

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