‹ Histoire de la RestaurationChapitre 168 sur 193 · LIVRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÈME

tour des insultes qu'ils avaient subies et des triomphes momentanés de leurs antagonistes. La religion consacrait à leurs yeux leur haine. La nouvelle de la défaite de Waterloo et de l'abdication de Napoléon brisa le sceau qui les contenait encore. Le peuple du Midi bouillonnait d'impatience et de colère contre les soldats complices de l'usurpation de leur patrie.

Marseille, ville de premier mouvement, ne put retenir le cri de Vive le roi ! en face des troupes du général Verdier, qui criaient encore Vive l'empereur! Le général Verdier, vieux soldat des guerres d'Egypte et d'Espagne, mais inhabile au maniement des séditions , harangue en vain les groupes. On prend sa modération pour de la crainte. Le feu éclate; le tocsin sonne; les royalistes, en majorité immense dans les campagnes , accourent au son des cloches au secours des insurgés de la ville.

Le général Verdier avait des forces suffisantes pour tout dominer; mais, connaissant les nouvelles du désastre de l'empereur et ne voulant pas répandre en vain le sang français , il se retire sur Toulon , abandonnant Marseille et une partie de la Provence à l'entraînement de son royalisme. Cette humanité du général fut fatale aux impérialistes désignés , par leur emploi ou leur opinion, à la fureur sans répression du peuple. Le massacre commença par les restes innocents de ces mameluks, que Napoléon avait ramenés autrefois d'Egypte, et qui achevaient paisiblement leur vie dans un quartier de Marseille où le soleil et la mer leur rappelaient l'Orient. Leur sang innocent rougit les flots du port. On n'épargna ni leurs femmes, ni leurs enfants. Les égorgeurs forcenés], imitant les massacreurs de septembre, s'acharnent sur

ces vieux compagnons de Napoléon, croyant, en les mutilant, mutiler la gloire odieuse dont ils étaient le témoignage vivant. Le peuple joignit à leurs cadavres précipités dans la mer les cadavres de quelques citoyens de la ville signalés par leur attachement à l'empereur. Le pillage succéda à l'assassinat. La bourgeoisie alarmée prit enfin les armes et refréna un mouvement qui , tout en flattant ses sentiments, menaçait ses familles, ses foyers et ses richesses,

Le maréchal Brune, qui commandait l'armée du Midi, apprit à Toulon les massacres de Marseille. Ses soldats voulaient les venger ; il les contint et remit le commandement au marquis de Rivière, commissaire envoyé par le roi pour gouverner et pacifier le Midi. Brune n'avait montré, pendant sa mission à Toulon, que la neutralité ferme d'attitude d'un général qui , en couvrant la patrie contre l'étranger, veut contenir en même temps la passion à l'intérieur. Les royalistes n'avaient eu à lui reprocher que son obéissance trop facile aux ordres de Napoléon. Il s'était empressé de céder au destin et de faire reconnaître Louis XVIII une seconde fois par son armée pour éviter la guerre civile.

Ce devoir accompli, il quitta Toulon et prit la route de Paris. On lui conseillait en vain de s'embarquer pour se rendre avec moins de péril dans la capitale ; on lui représentait la témérité d'un voyage par terre à travers des populations soulevées, car son nom résumait une

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