LIVRE TRENTE-TROISIÈME. 3i
gnes. La terreur ou la mort les chassait d'asile en asile. Ainsi traqués ils ne purent paraître aux élections pour revendiquer leur droit de citoyens, et pour implorer des patrons de leur secte persécutée pour les défendre auprès du gouvernement.
Le roi gémissait de ces crimes commis au nom du zèle qui dévorait ses partisans dans ces provinces. Il n'osait sévir contre des amis, il rougissait de tolérer des scélérats. Il envoya à Nîmes le général comte de Lagarde, ancien aide de camp et ami du duc de Richelieu, homme de sens, de cœur et de vertu, homme assez diplomate aussi pour concilier avec habileté le sentiment royaliste dont il était lui-même animé avec le rétablissement impartial de l'ordre et la protection des victimes qui étaient l'objet de sa mission.
Le comte de Lagarde portait dans un corps faible un mâle courage. Il ne se dissimula point le danger de sa mission. Il n'avait qu'une poignée de troupes. Il n'hésita pas, en arrivant à Nîmes, de faire arrêter le chef des agitateurs et des assassins, Trestaillon. A cet acte de généreuse audace, la fureur des catholiques et des royalistes déborde en menaces et en soulèvements. Les verdets et les volontaires fanatisés se rassemblent sous les ordres de Servan et de Truphémy, dignes vengeurs de leur complice Trestaillon. Les troupes sont inégales en nombre à ces fédérés du crime.
Le préfet, M. Darbaud de .Touque, homme modéré,
mais ferme, choisi par M. Decazes pour refréner les passions sur ces rives du Rhône, pressent l'insuffisance de la répression militaire. Il conjure le duc d'Angoulème, qui parcourait le Midi, de venir par sa présence satisfaire et intimider à la fois le délire de cette population. Le duc d'Angoulème, imprégné de la sagesse du roi, et qui n'hésitait jamais devant un devoir, se précipite entre les victimes et les bourreaux. Il exauça les protestants, il calma les catholiques. Il résista avec impassibilité aux instances du clergé, des femmes et des protecteurs influents de Trestaillon, qui osèrent lui demander l'élargissement de ce criminel, « Non, leur dit-il, je ne » protégerai jamais contre la loi les assassins et les incen- » diaires. » Il ordonna l'ouverture des temples protestants, fermés par la terreur, et s'éloigna en laissant au général Lagarde le soin d'achever son œuvre et de pacifier le pays.
Mais à peine le prince était-il parti que l'audace revient aux royalistes. Les catholiques, ameutant la populace au nom de Dieu et du roi, entourent, pendant les cérémonies du culte, le principal temple protestant de Nimes. Les portes sont enfoncées, les fidèles dispersés , le ministre traîné sur le pavé du sanctuaire, les hommes renversés, les femmes déshonorées par d'ignominieux supplices. Le général Lagarde accourt à la tête d'un régiment, s'élance seul, à cheval, au milieu des furieux, tente de leur arracher leurs victimes et de les ramener par la persuasion à l'humanité et à la tolérance. Sans égards et