‹ Histoire de la RestaurationChapitre 173 sur 193 · LIVRE TliENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TliENTE-TROISIÈME

campagnes. Ils forment dans les rues de sinistres cortèges chantant des strophes cyniques et vociférant des cris sanguinaires contre l'homme qui les contient seul. Us mêlent à ces cris celui de : Vive le roi! pour couvrir la sédition d'un prétexte de fidélité.

Le 1 5 août au soir, pendant que ces colonnes en délire tournoient à ces chants féroces sur la place des Carmes, un détachement, recruté, concerté et armé d'avance pour ce dessein, se sépare tout à coup de la ronde de populace dont il fait partie , s'élance d'un bond vers l'hôtel du général , surprend et désarme la garde , viole le seuil , monte les degrés et se trouve en face de Ramel.

« Que voulez- vous? » leur dit-il d'une voix menaçante et d'un visage impassible, « Te tuer, et tuer en toi un )) ennemi du roi , » répond un des assassins en visant la poitrine de Ramel. Une sentinelle se précipite sur l'arme et détourne le coup. Ramel tire son épée , résolu de mourir en brave, non en victime. Mais pendant ce mouvement qui fait reculer les égorgeurs, un autre coup part et traverse le corps du général, il s'affaisse sur le palier, à côté du corps de la sentinelle égorgée en cherchant à le couvrir. Ses aides de camp et ses officiers sortent de ses appartements le sabre à la main, enjambent les deux mourants, frappent et poursuivent les volontaires jusque dans la place. On transporte Ramel sur son lit, un médecin accourt , sonde sa blessure et la trouve mortelle. Il annonce par la fenêtre ce sinistre présage à la foule ameutée qui rugit sur la place, espérant ainsi calmer sa rage en l'assouvissant. « Tant mieux! lui répondent des »voix implacables, mais nous allons l'achever j ce sera » plus sur. »

À ces mots, la foule démolit un arc de triomphe élevé sur la place pour la réception récente du duc d'Angoulème. Elle se sert des poutres et traverses comme de béliers pour briser les grilles de l'hôtel. Les portes cèdent; les soldats qui gardent le vestibule sont immolés. Les assassins montent et parviennent jusqu'à la chambre du mourant. Le médecin qui le soigne se jette à leurs pieds pour les supplier d'épargner ses dernières minutes ; ses aides de camp couvrent son lit de leurs corps et de leurs épées nues. Ramel , au contraire, tend les bras à ses meurtriers et les conjure de l'achever pour abréger l'agonie qui déchire ses entrailles. Un des assassins, joignant la dérision au crime et le sarcasme au coup, le frappe au visage d'un coup de sabre, « C'est pour obéir au général, » dit en souriant ce scélérat. Les autres l'imitent et plongent à l'envi leurs baïonnettes dans le corps de Ramel en répétant la sanguinaire raillerie. Ramel n'est plus qu'un tronçon sans membres. Les égorgeurs se disputent l'honneur de tremper leurs armes dans son sang. Ils défilent avec des chants de triomphe autour de cette couche sanglante.

La nuit seule et l'ivresse de la populace mirent fin à cette scène digne de la Saint-Barthélémy et des journées de septembre. Les troupes envoyées par le maréchal Pérignon , gouverneur de la province , n'arrivèrent que pour ensevelir la victime. La justice, comme à Nîmes, refusa de la venger. Elle laissa s'éteindre l'indignation contre les bourreaux par des lenteurs ; elle acquitta les chefs et ne condamna les exécuteurs qu'à des peines indulgentes, sous prétexte qu'ils n'avaient frappé qu'un cadavre.

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