LIVRE TRENTE-TROISIÈME
vrance, unis dans la mort comme dans la vie. César commanda le feu. Les deux jumeaux tombèrent à la fois, atteints mais non foudroyés par la décharge. Constantin, se relevant sur ses genoux et sur ses mains mutilées , se traîna vers son frère expirant pour l'embrasser encore. 11 plaça sa tête sur le visage de César comme sur un billot de paix et d'amour, et reçut, dans cette attitude, le second feu dans le front, qui affranchit du même coup ces deux âmes.
Nous taisons les noms des accusateurs et des juges , nous ne disons que les noms des victimes ; car les unes ont pour héritage la pitié et l'histoire , les autres n'ont que les remords et le mépris.
Pendant que les vengeances privées et les vengeances juridiques ensanglantaient ainsi le midi de la France , le gouvernement répugnait à des justices politiques et à des exécutions qui devaient donner une couleur sinistre à un règne de repentir et de paix, et que repoussaient également le caractère indulgent de Louis XVIII, la hauteur d'âme du duc de Richelieu et la jeunesse naturellement généreuse du favori , M. Decazes. Mais les passions politiques veulent des complices dans les gouvernements, et quand ces gouvernements ne consentent pas à être leurs instruments , elles en font promptement leurs victimes.
Les grandes amnisties sont les actes les plus nécessaires et en même temps les plus difficiles à faire accepter aux partis qui viennent de se sentir opprimés. Ce pardon
donné magnanimement par le pouvoir et imposé énergiquement aux vainqueurs est l'héroïsme des restaurations. Louis XVIII, le duc de Richelieu, M. Decazes, manquèrent , non de cette conviction , mais de cette intrépidité contre la soif de représailles qui dévorait les amis du roi. La cour, les salons, les journaux, la tribune, les temples et les chaires sacrées elles-mêmes retentissaient d'accusations et d'imprécations contre l'impunité des conspirateurs vrais ou supposés du 20 mars. On attribuait à l'excessive indulgence de Louis XVIII et à sa confiance dans les hommes de l'Empire la chute du trône, l'exil des Bourbons, la dévastation et l'occupation de la patrie par les armées étrangères. Les uns demandaient des vengeances, les autres imploraient des gages. Ces gages et ces vengeances étaient du sang. Louis XVIII voulait en épargner des flots , mais il ne croyait pouvoir réussir à modérer les ressentiments de son parti qu'en en accordant quelques gouttes. Il bornait, dans sa pensée, à quelques illustres coupables le petit nombre de victimes qu'il faudrait inévitablement sacrifier à la justice politique. Ces coupables, il ne désirait pas les saisir; il leur avait laissé le temps de s'abriter ou de fuir. Mais le zèle inintelligent de ses partisans et l'àpreté des haines de parti le servaient au delà de ses désirs. On lui amena, malgré lui, deux de ces grandes victimes dont la présence dans les cachots de Paris ne lui laissait plus de choix qu'entre une clémence qui le ferait accuser de faiblesse et de trahison contre lui-même, et une sévérité qui consternerait son règne devant la postérité refroidie. Ces deux hommes étaient Labédoyère et le maréchal Nev.