LIVRE TRENTE-TROISIÈME
Après l'occupation de Paris, Labédoyère avait suivi l'armée au delà de la Loire. Nul n'était plus menacé que lui, car nul, avant lui, n'avait donné le signal et l'exemple d'une défection préméditée sous les armes. En entraînant son régiment, il avait entraîné l'armée entière. Napoléon lui devait son second trône , les Bourbons lui devaient leur second exil. Familier assidu de la reine Hortense, et commensal de l'empereur à la Malmaison jusqu'au dernier jour, son attachement de cœur à sa famille et à une patrie qui ne pouvait plus lui offrir qu'un tombeau , l'avait empêché de suivre Napoléon à Rochefort et à Sainte-Hélène. Au lieu de profiter d'un passeport que la reine Hortense lui avait obtenu de Fouché pour fuir ce sol brûlant , Labédoyère avait laissé partir l'empereur pour son exil , et il avait suivi l'armée francaise au delà de la Loire.
Les généraux Excelmans et Flahaut, ses amis, qu'il rejoignit à Riom, le firent nommer chef d'état-major du corps d'armée cantonné dans cette ville. Il avait appris à Riom la proscription de tous les chefs marquants des cent-jours. Nul plus que lui ne devait croire à ces avertissements. Il les négligea. Ce vertige qui entraine les âmes troublées à leur* perte l'avait saisi. Son cœur était à Paris, l'attrait pour cette ville lui voilait le péril d'y reparaître. On ne peut expliquer autrement la fatalité qui l'y poussait. Les généraux Excelmans et Flahaut combattirent en vain cette aberration d'esprit. Labédoyère
avait vingt-neuf ans , âge où les témérités disparaissent devant les désirs. Il n'écouta pas ses amis. Il se procura un passe-port sous un nom d'emprunt, et se dérobant à la surveillance amicale d'Excelmans, il monta dans la voiture publique de Riom à Paris.