‹ Histoire de la RestaurationChapitre 178 sur 193 · LIVRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÈME

contre les Bourbons et leurs ministres, quelques larmes sur la patrie livrée, sur l'armée proscrite ; puis, comme s'il eût été saisi de crainte et de repentir de s'être ainsi trahi lui-même, il conjura Labédoyère d'oublier ce qu'il venait d'entendre , et feignit un royalisme hypocrite en laissant bien percer l'hypocrisie de cette seconde profession de foi. Labédoyère continuait à se taire.

L'espion, prenant alors un autre détour, raconta à son compagnon de route l'arrestation de Lavalette , qui n'était pas encore connue dans l'armée. Lavalette était l'ami de cœur et le complice de cause de Labédoyère. Le général ne put dissimuler son émotion et sa pâleur en écoutant les détails de l'arrestation de son ami. Ces symptômes le trahirent. Il se laissa arracher son nom par l'habile espion. Celui-ci, après quelques légers reproches sur la témérité qui faisait braver à Labédoyère un retour si dangereux dans Paris, lui offrit les services de l'amitié et s'insinua assez dans sa confiance pour que le général , à son arrivée, permît à son obligeant protecteur de l'accompagner jusqu'à la porte de l'asile où il allait s'abriter. Cet asile était la maison d'une personne attachée à Labédoyère dans un des faubourgs de l'est. Le jour commençait à peine. Le fugitif devait attendre la nuit dans cette retraite, avant de se hasarder dans les rues. Entouré de la vigilance de l'amitié, caché et barricadé dans une chambre haute d'une maison non suspecte , il s'était jeté sur son lit et s'abandonnait au sommeil , en attendant les embrassements de sa femme et de son enfant.

Cependant l'espion, sûr désormais de sa proie, était allé l'offrir à M. Deeazes, alors préfet de police. Les Prussiens, avertis par M. Deeazes, firent cerner la maison par un bataillon de leurs troupes. Labédoyère surpris renonça à se défendre, et se remit aux agents de police, qui le conduisirent à M. Deeazes. Le magistrat lui adressa cent questions dont chacune ne pouvait avoir pour réponse que l'aveu de sa culpabilité. Fouché , encore ministre de la police à cette époque , parut gémir de l'imprudence de cette victime que le gouvernement n'avait pas cherchée, et qui venait d'elle-même le forcer à la rigueur. Le ministre de la guerre Gouvion-Saint-Cyr nomma un conseil de guerre. La vengeance des royalistes, la faveur des bonapartistes , la récrimination des étrangers maîtres de Paris, la passion ou la curiosité de tous imprimaient à ce procès militaire et politique la solennité d'une justice, l'àpreté d'une colère, l'intérêt d'un drame. Les journaux et les salons devançaient l'arrêt par des imprécations qui demandaient du sang et qui déshonoraient même la justice. Quelques femmes du plus haut rang étaient implacables dans leurs propos. Il semble que la générosité est compagne de la force, et que plus le sexe est faible plus il est sans pitié. L'histoire doit le dire pour le flétrir. La haute naissance, la grande fortune, l'éducation littéraire ne préservèrent pas , dans cette circonstance et dans beaucoup d'autres, quelques femmes de l'aristocratie de Paris et de la cour de ces soifs de

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