‹ Histoire de la RestaurationChapitre 19 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈME

Arrivé aux Tuileries, il présenta timidement le message de son prisonnier au gouvernement rassemblé.

« En abdiquant le pouvoir, disait ce message, je n'ai » point renoncé au plus noble droit du citoyen, au droit » de défendre mon pays 1 L'approche des ennemis de la » capitale ne laisse plus le moindre doute sur leur inten- » tion , sur leur mauvaise foi. Dans ces graves circon- » stances, j'offre mes services comme général, me regar- » dant encore comme le premier soldat de la patrie ! »

Cette lettre vaine au fond , quoique noble dans les termes , trahissait assez l'intention toute populaire dans laquelle elle avait été écrite. Qui pouvait douter que l'ennemi, affronté sur le sol étranger par Napoléon lui-même, ne poursuivit sa victoire en refoulant l'agresseur sur le sol français? Quelle mauvaise foi y avait-il à Wellington et à Blùcher vainqueurs, n'ayant consenti à aucun armistice, de s'avancer sur Paris? Et, enfin, comment Napoléon général aurait-il eu plus d'ascendant sur la fortune, à la tête de débris d'armée abandonnés par lui-même quelques jours auparavant, que n'en avait eu Napoléon à la fois empereur et général , à la tête de ses armées intactes, belliqueuses et réunies sous sa main?

Fouché reçut , comme président , la lettre des mains timides de Becker, la lut tout haut au conseil avec l'accent et le geste importunés par la démence, puis la jetant sur la table : « Cet homme se moque-t-il de nous? dit-il. » Sans doute , » — ajouta-t-il en regardant Becker avec la pénétration du soupçon , — a cette lettre n'est qu'une » formalité de déférence envers les Chambres, et à l'heure » ou nous la recevons, il est déjà évadé de la Malmaison, »ii passe en revue ses soldats et les harangue contre

»nous?» Becker jura que l'empereur attendait son retour et leur réponse.

On délibéra en quelques mots. Carnot seul , au commencement, parut accepter la pensée antique de replacer, pour un moment , l'empereur à la tête de l'armée. Fouché démontra que Napoléon était la seule cause de la guerre. Sa présence à la tête de l'armée serait le défi personnifié de nouveau à l'Europe et l'obstacle invincible à tout accommodement pour l'armée et pour la patrie. Il ajouta que le caractère de Napoléon défendait de croire à aucun désintéressement durable du pouvoir dans un tel esprit, et que, s'il obtenait assez de succès pour remonter une troisième fois sur son trône , il entraînerait dans sa dernière et inévitable chute l'armée, la capitale, le sol et l'intégrité même de la patrie.

Carnot, Caulaincourt, Davoust et tous les membres du gouvernement n'hésitèrent pas à reconnaître la solidité des considérations objectées par Fouché. Carnot se chargea lui-même, pour adoucir le refus et pour convaincre Napoléon par la parole et par le cœur d'un homme dont Napoléon ne doutait pas, de porter des considérations moins sévères, mais aussi péremptoires, à la Malmaison.

Pendant la courte absence de Becker, l'empereur, croyant ou feignant de croire au consentement du gouvernement, s'était habillé, avait fait rassembler ses aides de camp, adressé ses adieux à Hortense et fait seller ses chevaux de bataille qui l'attendaient au seuil du palais.

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