‹ Histoire de la RestaurationChapitre 20 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈME

Becker lui remit la réponse du gouvernement. Il la lut et la rejetant avec dédain : « Je le savais d'avance, dit-il ; » ces gens-là n'ont point d'énergie ! Eh bien , général , » ajouta-t-il en interpellant Becker comme s'il eût été sûr »de lui, puisqu'il en est ainsi, partons! partons!»

Becker, de plus en plus embarrassé, s'enveloppa d'immobilité et de silence. L'empereur appela M. de FJahaut> plus jeune, plus décidé à tout céder à l'empereur, ou à tout imposer en son nom. Il lui ordonna de courir à Paris et de concerter son départ résolu pour l'armée avec le gouvernement. M. de Flahaut obéit. En entrant aux Tuileries, il se heurta contre le maréchal Davoust, ministre de la guerre, homme de guerre fidèle jusqu'aux limites où la fidélité devenait trahison à sa patrie. Davoust, ferme de résolution, rude de langage, repoussa énergiquement la tentative de Flahaut sur le gouvernement. « Votre » Bonaparte , » — lui dit-il avec l'accent de l'impatience et du dégoût, ~ « ne veut pas partir? Il faudra bien qu'il » s'y décide, sa présence complique et trouble tout, nous » ne pouvons ni négocier, ni combattre avec lui ! S'il se » flatte que nous le reprendrons pour maître et pour chef, » dites-lui qu'il se trompe! Qu'il parte à l'instant, ou » nous serons forcés de le faire arrêter. S'il le faut, pour » sauver la patrie et l'armée, je l'arrêterai moi-même ! »

L'aide de camp de l'empereur répondit au maréchal qu'il se respectait trop et qu'il le respectait trop lui-même pour reporter à l'empereur de telles menaces de la part d'un de ses lieutenants, qui, huit jours avant, recevait ses ordres et lui prodiguait son zèle. Davoust lui répliqua avec l'autorité d'un ministre de la guerre sur un subordonné et lui prescrivit de se rendre à Fontainebleau pour

y attendre des ordres. « Je n'irai pas , répondit M. de » Flahaut, je n'abandonnerai pas l'empereur, je lui gar- » derai jusqu'au dernier moment la fidélité que d'autres » lui ont jurée. — Je vous punirai, s'écria Davoust. — » Je vous en ôte le droit, répliqua le jeune homme, je » donne ma démission de mon grade et je n'ai plus à » obéir qu'à mon honneur. »

L'empereur, au retour de son aide de camp, aperçut sur ses traits les traces de sa douleur. Il voulut tout savoir ; l'aide de camp dit tout, « Qu'il vienne , s'écria Na- » poléon, je suis prêt, s'il le faut, à lui tendre la gorge ! » Il congédia ses écuyers , fit rentrer ses chevaux , et recommença à se plaindre dans l'intimité de ses jardins et de ses derniers courtisans.

« Ces hommes-là sont enivrés de leur rôle de souverain, » dit-il à Maret; ils sentent que, s'ils me replaçaient à la » tête de l'armée , ils ne seraient plus que mon ombre ! » Ils me souffrent à peine dans leur importance et leur » orgueil. Ils perdront tout ! » — Comme si tout n'eût pas été perdu déjà.

Il reprenait de temps en temps , ou il affectait , des retours d'énergie après des affaissements de volonté, comme Tibère négociant avec le Sénat, tantôt par la résignation, tantôt par l'insolence, a Mais pourquoi les laisserais -je » régner?» — s'écriait-il avec un soubresaut du corps et de l'âme : — « j'ai abdiqué pour mon fils; si ce nom doit » être perdu, j'aime mieux le perdre sur un champ de ba-

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