LIVRE VINGT-HUITIEME
» taille qu'immobile ici î Je n'ai rien de mieux à faire » pour mon fils, pour moi, que de me jeter dans les bras »de mes soldats! Mon apparition électrisera l'armée, » foudroiera l'ennemi ! »
Il ne se souvenait plus qu'il avait repoussé la veille avec réflexion ce parti offert par l'héroïque témérité d'Excelmans. Il reprenait : «Les ennemis, sachant que » je ne suis revenu sur le terrain que pour les écraser ou » pour mourir, vous accorderont pour se délivrer de moi » tout ce que vous demanderez. Si au contraire vous me » laissez ici ronger mon épée , ils vous mépriseront , et » vous serez forcés de recevoir humblement Louis XVIII. » Il faut en finir!... Si vos cinq empereurs,» — faisant allusion ainsi aux cinq membres du gouvernement, — « ne veulent pas de moi pour sauver la France , je me )> passerai de leur consentement!... Il me suffira de me » montrer, Paris et l'armée me recevront une seconde » fois en libérateur ! — Je le crois, sire, répondait Maret, » accoutumé à tout croire de la toute -puissance de son » maître; mais si la Chambre vous déclarait hors la loi.,. » si la fortune trompait vos armes, que deviendrait Votre » Majesté? »
« Allons , » — répliquait l'empereur, aussi facile à plier en apparence aux avis de l'amitié qu'à se révolter de nouveau contre le destin, — «je le vois, il faut cé- »der!... Vous avez raison, je ne dois pas prendre sur »moi la responsabilité d'une si grande résolution... Je » dois attendre que la voix du peuple, des Chambres, des «soldats me rappelle;...» puis, comme s'il eût attendu à chaque instant ce cri imaginaire de l'opinion publique : «Mais comment Paris ne me rappelle-t-il pas encore?
» disait-il, on ne s'aperçoit donc pas que les ennemis ne » tiennent aucun compte de mon abdication?. . . Cet infâme » Fouché ! poursuivait-il, il vous trompe ! La commission, » trompée elle-même, se laisse conduire par lui seul. Elle » aura de grands reproches à subir un jour ! . . . Il n'y a là » que Caulaincourt et Carnot qui vaillent quelque chose; » mais ils sont mal associés. Que peuvent ces deux hom- »mes dévoués contre un traître!... deux imbéciles, et » deux Chambres flottantes à tout vent? Vous croyez » tous, comme des dupes, aux promesses" et aux généro- » sites des étrangers? Vous croyez qu'ils vont vous don- » ner un prince selon vos désirs ! Vous vous abusez. » Alexandre obéira aux Anglais, et l'Autriche obéira à » Alexandre!.,, »
Quelques généraux , les plus compromis dans les événements de mars et les plus menacés par le retour des Bourbons, vinrent l'assiéger de demandes d'argent pour sauver leur vie. Il leur fit distribuer de faibles secours par Hortense, tremblante de leur obsession pour la sûreté de son beau -père.
Un de ses secrétaires intimes, qu'il avait envoyé à la recherche de nouvelles, lui annonça que l'ennemi touchait de trois côtés aux murs de Paris, et qu'il était temps de songer à sa sûreté personnelle. « Je ne craindrai » rien d'eux demain, lui répondit-il, j'ai pris mes mesures »pour partir cette nuit; je m'ennuie de moi-même, de » Paris et de la France ; préparez-vous à me suivre ! » Le