‹ Histoire de la RestaurationChapitre 22 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIEME

secrétaire s'excusa sur l'âge et sur les infirmités de sa mère. Napoléon feignit de se contenter de ces excuses qui se multipliaient d'heure en heure autour de lui.

c< Il ne me faut plus à moi qu'un bon vent et la for- » tune, » — dit -il avec un accent de résolution résignée au sort. — « J'irai en Amérique , on me donnera des » terres, ou bien j'en achèterai, et nous les cultiverons ! » Je finirai par où l'homme a commencé; je vivrai du » produit de mes terres et de mes troupeaux !» — Et sur quelques objections faites par son confident , touchant le voisinage des États-Unis de l'Europe : — « Eh bien ! » reprit-il, j'irai au Mexique me mettre à la tête des in- » dépendants ! J'irai enfin de rivage en rivage et de mer » en mer, jusqu'à ce que je trouve un asile contre le res- » sentiment et la persécution des hommes. Au fond, que » voulez-vous que je fasse? Voulez-vous que je me laisse » prendre ici comme un enfant par Wellington, pour dé- »corer son triomphe à Londres? Je n'ai qu'un parti à » suivre, celui de me retirer. Les destins feront le reste ! . . . » Sans doute, je pourrais mourir!... je pourrais me dire » comme Annibal : Délivrons-les de la terreur que je » leur inspire ! Mais il faut laisser le suicide aux âmes » mal trempées , aux têtes faibles ! Quant à moi , quelle » que soit ma destinée,^ ri avancerai jamais ma fin na- » turelle d'un seul moment!» Il réfutait ainsi la comédie de suicide que ses adulateurs lui avaient arrangée à Fontainebleau.

Savary, qu'il avait maltraité à son retour de l'Ile d'Elbe, et qui rachetait les dévouements de ses services sans réserve par l'obstination désintéressée de sa fidélité, lui conseillait aussi, non de se frapper par sa propre main, mais de s'offrir à la mort sous le canon qui foudroyait la France.

Déjà la Malmaison était tournée par les troupes légères de Blucher : « Si je puis le faire prisonnier, avait » dit Blucher à Wellington, je le ferai pendre à la tête » de mes colonnes ! » Ce général , d'une sauvage énergie, brûlait de venger la reine de Prusse , morte sous les coups implacables de Napoléon et l'anéantissement de sa patrie. Wellington s'était indigné de ces honteuses représailles. Il respectait ses ennemis en les combattant. L'empereur, en apprenant ce danger rapproché , envoya reconnaître si les ponts de Bezons et du Pecq, qui couvraient la Malmaison, étaient coupés. Ils ne l'étaient pas. Les officiers de sa maison et les troupes commandées par Becker prirent des dispositions défensives autour de sa résidence pour résister à un coup de main. La nuit s'écoula dans ces agitations.

A trois heures du matin , les amis qui lui restaient dans la Chambre des députés et dans le gouvernement vinrent lui annoncer que les alliés refusaient les saufconduits et les passe-ports demandés par Fouché, et qu'il lui restait à peine le temps d'échapper à la captivité par

Page 1