‹ Histoire de la RestaurationChapitre 23 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIÈiME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈiME

la fuite. Il demanda encore des heures, et promit de s'éloigner dans la journée.

Le général Becker reçut l'ordre de ne point lui permettre de revenir sur ses pas une fois qu'il serait enfin parti, et le commandant de la marine à Rochefort reçut l'instruction de ne pas permettre qu'il remît le pied sur le sol français aussitôt qu'il se serait embarqué pour l'île d'Aix.

Les historiens ont présenté cet ordre et l'ensemble des circonstances qui précédèrent le départ de Napoléon de la Malmaison comme autant de pièges combinés par les membres de la commission et par Fouché pour le perdre. Ces accusations sont démenties par les faits. On voit que le gouvernement ne cessa pas un instant de désirer et de presser le départ de Napoléon qui embarrassait, à la fois, la paix, la guerre, et la liberté des mouvements du pays, depuis son arrivée à l'Elysée jusqu'au 29 juin. Ces dix jours perdus par Napoléon en velléités de dictature , en abdication, en retour de sa pensée vers l'empire, en délais calculés, en irrésolutions, en contestations avec la nécessité, avec le gouvernement et avec lui-même, lui auraient donné tout le temps et tous les moyens de sécurité dans la fuite. On voit aussi qu'une fois engagé dans des négociations avec l'ennemi vainqueur, le gouvernement ne pouvait , pendant qu'il traitait , ou peutêtre après avoir traité, permettre à Napoléon, seule cause de la guerre, de rentrer sur le territoire qu'il avait librement quitté , et de renouveler la guerre après une capitulation dont la première condition était son éloignement. Ce ne fut point la faute des Chambres si Napoléon flotta tant de jours entre tous les partis, laissant le pouvoir lui

échapper dans Paris, l'ennemi se rapprocher en masse et à marches forcées de la capitale, et les troupes légères de Wellington et de Blùcher occuper Compiègne, Senlis, et tourner la Malmaison.

Une triple responsabilité pesait sur les membres du gouvernement : affranchir les négociations de la personne et de la présence de l'empereur; prévenir de sa part, après l'abdication, une tentative de dictature militaire qui remettait tout en question, même l'existence de Paris et l'intégrité du sol national ; enfin empêcher que l'empereur, pris à la Malmaison par l'ennemi, ne parût avoir été livré par la France et que la paix elle-même ne fût ainsi déshonorée. Dans l'anxiété où l'obstination de Napoléon plaçait le gouvernement le 29 juin sous le canon de l'ennemi , il ne restait évidemment d'autre parti à prendre que celui d'abriter la personne de Napoléon à l'île d'Aix , à portée des frégates qu'on lui avait préparées ou des ressources d'évasion par mer qu'un parti lui offrait, et de lui interdire, jusqu'à son embarquement, le retour sur le sol continental de la France. Ce n'était pas la perfidie du gouvernement qui avait rendu son départ de la Malmaison si tardif , attendu ces extrémités et accru les difficultés de sa fuite, c'était sa propre volonté. On va voir que ce fut encore par sa volonté qu'elle devint impossible. L'histoire ne doit pas se faire l'écho complaisant et menteur des accusations de la famille ou des serviteurs de Napoléon, ni déshonorer la nation pour laver un grand homme de ses irrésolutions d'esprit. Napoléon , dans toutes ces circonstances suprêmes de son départ, ne fut trahi que par lui-même. Il se cramponnait au rivage, le rivage lui manqua.

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