‹ Histoire de la RestaurationChapitre 24 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIEME

Il consuma encore toute la journée du 29 en vague expectative , en attente désespérée , en regards inutilement portés sur Paris et sur tous les points de l'horizon , en promenades dans ses jardins, en entretiens avec ses familiers, en adieux prolongés à sa famille et à ses amis. A cinq heures du soir, on lui annonça que les deux voitures que le général Becker avait commandées l'attendaient dans le parc. Il embrassa la reine Hortense qui fondait en larmes , fit un signe de triste adieu aux officiers et aux soldats de sa garde, et s'enfonçant dans l'allée du parc à l'extrémité de laquelle les voitures l'attendaient, il se retourna plusieurs fois pour contempler ce cher séjour de sa jeunesse, de son bonheur et cle sa gloire, et monta enfin dans une calèche de promenade avec le général Becker, son grand maréchal du palais Bertrand, et Savary.

Deux autres voitures qui devaient atteindre aussi Rochefort par une autre route emportaient sa suite, composée de Gourgaud, de la femme du général Bertrand et de ses enfants, de M. et de madame de Montholon, de M. de Las Cases, du jeune Emmanuel de Las Cases, son fils, et de sa nombreuse domesticité. Napoléon, Becker, Bertrand et Savary avaient dépouillé leurs uniformes et s'étaient revêtus d'habits de voyage pour échapper aux regards et aux attroupements sur la route. Gourgaud seul voyageait en grand uniforme dans une berline dorée de l'empereur, afin que l'attention du peuple, trompée

par ce luxe et par cet appareil, attirât sur cette voiture seule les embûches, les dangers du chemin, si la perfidie des ennemis de l'empereur en avait préparé, ou si l'émotion spontanée des populations devait en faire courir à son maître.

Les contrées que Napoléon allait parcourir étaient à peine pacifiées des insurrections royalistes contre lui. Becker désirait précipiter la course pour assurer plus tôt la sécurité du dépôt qui lui était confié, et pour se décharger plus vite de la responsabilité qui pesait sur son âme. Mais, arrivé à Rambouillet, Napoléon voulut encore y passer la nuit. Il conservait même sur la route de l'exil l'illusion qu'il avait nourrie depuis dix jours. Il ne pouvait croire que la France laissât partir son héros sans le rappeler. Sa longue insomnie à Rambouillet ne fut remplie que de ces rêves de rappel du peuple, de l'armée, des Chambres , à qui la nouvelle de son départ aurait , selon lui, donné le remords et la passion de le retenir. Il passa la nuit à prêter l'oreille à tous les bruits de la ville, et il envoya plusieurs fois le général Gourgaud sur la route de la Malmaison pour qu'il saisît de plus loin, dans le silence des ténèbres, le bruit des pas des courriers qu'il ne se lassait pas d'attendre de ce côté.

Excelmans, en effet, était arrivé dans la soirée du 29 à"Vincennes avec deux divisions de dragons, toujours possédé de la même pensée qu'il avait communiquée à l'empereur par son aide de camp, le colonel Sencier. Ce général n'avait pas été rebuté par le premier refus de Napoléon. Il voulait faire violence à son indécision. Il fit confidence de son projet au général Daumesnil, commandant de Vincennes. Daumesnil lui annonça le dé-

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