‹ Histoire de la RestaurationChapitre 25 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈME

part de Napoléon. Excelmans ne songea plus qu'à s'illustrer lui-même par un coup d'audace contre les Prussiens.

Bien que la nuit n'eût apporté aucune nouvelle de Paris, l'empereur ne consentit à s'arracher de Rambouillet qu'au milieu du jour, le lendemain, 30. On eût dit qu'il voulait savourer jusqu'à la dernière minute les souvenirs de grandeur et d'empire que ce séjour impérial lui rappelait. A midi, les chevaux l'entraînèrent vers Ghàteaudun. Le bruit courait dans cette ville que Napoléon avait été tué dans une rencontre avec les Prussiens. En changeant de chevaux, il fut reconnu par la maîtresse de poste, qui se tut et versa des larmes en le reconnaissant. Il traversa Tours et Poitiers sans s'y arrêter. A Saint- Maixent, un attroupement menaçant se forma autour de sa calèche. Le générai Becker se fit ouvrir le passage par un officier de gendarmerie que le tumulte avait appelé sur la place. La calèche arriva de nuit à Niort.

Napoléon, tranquille sur sa sûreté dans une ville où il avait concentré quelques troupes d'observation contre la Vendée, voulut y rester encore un jour. Il coucha dans la maison de poste. A son réveil, il ouvrit sa fenêtre et se complut à se laisser reconnaître par des hussards qui soignaient leurs chevaux sur la place. Leur cri de : Vive l'empereur! ce mot d'ordre des soldats partout, éveilla la ville et attira la population sous ses fenêtres. Le préfet accourut et lui fit accepter l'hospitalité dans son hôtel. La ville et la troupe entourèrent tout le jour la préfec-

ture de leur empressement et de leurs acclamations. On ne craignait plus rien de son ambition, on ne se souvenait que de sa gloire. Il reçut tout le jour les officiers, les fonctionnaires et les habitants, qui venaient saluer en lui le héros désarmé.

Quelques-uns de ces officiers le conjuraient de se mettre à leur tête et de renouveler la résistance. Il semblait se complaire à ces instances et désirer que le sentiment de ces soldats se propageât dans le peuple. Il ordonna au général Becker d'envoyer un courrier au gouvernement pour l'informer de l'enthousiasme rallumé dans les troupes par sa présence, pour lui faire appréhender une résistance à force ouverte à son départ, et enfin pour lui faire connaître que des nouvelles reçues de Rochefort annonçaient que les passes de la rade étaient fermées aux frégates par les croisières anglaises. «Le gouvernement , répétait-il sans cesse, connaît mal » l'esprit de la France, on s'est trop pressé de m'éloigner » de Paris ; s'il avait accepté mes dernières propositions, » les choses auraient changé de face. Je pouvais exercer » encore une grande influence sur les affaires politiques, »mon nom aurait servi de point de ralliement. » Il ordonna aussi au général Becker d'écrire au gouvernement qu'il s'offrait de nouveau pour général d'une armée qui couvrirait Paris.

Becker obéit par une dernière condescendance, et pour tromper jusqu'au terme les douleurs et les illusions de son prisonnier.

Page 1