LIVRE VINGT-HUITIÈME
officiers de marine, qui s'engageaient à le faire traverser les croisières sur des bâtiments rapides mais périlleux , résolut de se rendre à bord du Bellêrophon , commandé par le capitaine Maitland, mouillé à l'ile d'Oléron avec un brick qui composait toute la croisière anglaise. Il y envoya M. de Las Cases pour parlementer avec le capitaine Maitland, et pour demander des gages de sûreté si l'empereur se réfugiait à son bord.
« Je ne puis prendre aucun engagement , répondit le » capitaine Maitland ; je vais rendre compte de notre en- » trevue à l'amiral Hotham , mon supérieur , qui est » mouillé avec l'escadre entière dans la baie voisine de «Quiberon; je vous transmettrai sa réponse. » M. de Las Cases ayant demandé au capitaine Maitland s'il laisserait passer les frégates ou un bâtiment neutre portant l'empereur Napoléon à leur bord , le capitaine répondit qu'il attaquerait les frégates si elles étaient ennemies, qu'il ferait Napoléon prisonnier, et que, dans le cas où Napoléon serait monté sur un navire neutre, il retiendrait le navire et remettrait le sort de Napoléon à la décision de son gouvernement. Il parut redouter l'idée du passage de Napoléon aux États-Unis, et ouvrir à Las Cases l'idée d'un asile demandé à l'Angleterre ; mais il ne présuma rien dans ce cas des résolutions de son gouvernement sur la liberté ou sur la captivité de Napoléon.
Las Cases revint et rendit compte à l'empereur de cet entretien. L'empereur en parut découragé. Le vaisseau
et Je brick anglais se rapprochèrent aussitôt après l'entretien avec Las Cases, et se placèrent l'un à l'issue d'une des passes de la rade , l'autre à la seconde issue , pour intercepter la mer à la fuite nocturne des frégates. Le capitaine de la Méduse, une des deux frégates, exalté par la gravité des circonstances et par la grandeur du dépôt qui se confiait à lui, proposa de forcer pendant la nuit le passage. Il s'attacherait au Bellérophon et périrait sous ses sabords en l'empêchant de manœuvrer pendant que la Saale, combattant et écrasant le brick, emporterait l'empereur en pleine mer. Napoléon refusa un dévouement qui sacrifiait tout un équipage à sa fuite. Il passa la nuit dans son indécision prolongée. Il ne pouvait ignorer que cette indécision aboutirait à la capitulation inévitable de sa personne, puisque l'escadre tout entière de l'amiral Hotham, avertie par Maitland, allait profiter de cette même nuit pour cerner la rade. Cependant il reprit ou feignit de reprendre l'idée de profiter des offres de traverser l'Océan sur la Bayadère. Il envoya le général Lallemand pour se concerter avec le capitaine Baudin. En même temps il écouta de nouveau les propositions du capitaine danois. Quelques heures plus tard , il faisait embarquer ses équipages et ses bagages sur des goélettes de charge pour les transporter à bord du vaisseau anglais, où il se décidait à se rendre lui-même. Le soir du même jour , il se reprenait encore et se faisait débarquer à l'île d'Aix; il s'installait dans l'hôtel du directeur du génie militaire.
Les jours marchaient plus vite que ses pensées. Lallemand revenait de la Bayadère, rapportant les mêmes assurances et les mêmes instances du capitaine Baudin. Il