LIVRE VINGT-NEUVIEME
Wellington après la bataille de Waterloo. — Ses dépêches au duc de Berry.
— Sa lettre à Dumouriez. — Il entre en France. — Sa proclamation aux Français. — Il écrit au duc de Feltre et à M. de Talleyrand. — Entrée de Louis XVIII en France. — Conférences d'Haguenau. — Réponse de Wellington aux plénipotentiaires français. — Renvoi de M. de Blacas. — Louis XVIII au Cateau-Cambrésis. — Sa proclamation aux Français. — Il arrive à Cambrai. — Seconde proclamation aux Français. — Tentatives de Fouché près de la commission de gouvernement en faveur des Bourbons. — Davoust, généralissime de l'armée. — Démarches de MM. de Vitrolles et Ouvrard près des chefs de l'armée. — La commission de gouvernement ordonne l'arrestation de M. de Vitrolles. — Sa fuite. — Adresse de plusieurs généraux à la Chambre des représentants. — Conférence de la Chambre des pairs. — Envoi de plénipotentiaires à Wellington et à Blûcher pour négocier un armistice. — Conférences des plénipotentiaires avec Wellington. — Blûcher passe sur la rive gauche de la Seine. Situation de la France. — Forces de l'armée. — Excelmans attaque et bat un corps de cavalerie prussienne. — Conseil de gouvernement. —
Conseil de guerre à la Villette. — Il autorise Davoust à capituler
Démarche de Davoust près de Blûcher. — Réponse de Blûcher. — Fouché envoie le colonel Macerone à Wellington et le général Tromelin à Blûcher.
— Conférences à Saint-Cloud. — Capitulation de Paris. — Adoption de la convention de Saint-Cloud par la Chambre des représentants. — Agitation du peuple. — Opposition de l'armée. — Entrée des Prussiens et des Anglais dans Paris. — La Chambre des représentants. — Vote de la Constitution. — Entrevue de Fouché et de Wellington à Neuilly. — Présentation de Fouché au roi Louis XVIII par M. de Talleyrand. — Conférence. — Nomination de Fouché au ministère de la police. — Composition du ministère. — Entrevue de Louis XVIII et de M. de Chateaubriand. — Conférences de la commission de gouvernement. — Occupation des Tuileries et expulsion de la commission par Blûcher. — Dispersion de la Chambre des pairs. — M. Decazes fait fermer la Chambre des représentants. — Impuissance de La Fayette, — Entrevue de Carnot et de Fouché.
La veille de la bataille de Waterloo, lord Wellington, présumant mieux de l'attaque de Napoléon ôontre la forêt de Soignes et préparant déjà une retraite éventuelle
de sa propre armée, qui aurait découvert Bruxelles et Gand, avait écrit au duc de Berry d'engager Louis XVIII à quitter Gand au premier signal. Tout était défiance et incertitude dans cette résidence du roi. On y était accoutumé aux triomphes de Napoléon. Le génie encore inconnu de Wellington et la témérité fougueuse de Blùcher ne rassuraient pas cette cour. Le roi se préparait avec résignation à porter plus loin , et peut-être au delà de la mer, sa tente et son gouvernement. Le bruit du canon avait retenti toute la journée du 18 juin jusque sur les hauteurs voisines de Gand. Des nouvelles sinistres, répandues à Bruxelles par les fuyards des bagages de Farinée anglaise et rapportées avec des exagérations plus sinistres aux oreilles du roi et des princes , avaient fait pour eux de cette journée, qui leur rendait la patrie et le trône, une journée d'angoisse, de panique et de désespoir. Leur sort se jouait à une distance assez rapprochée d'eux pour qu'ils en eussent l'émotion , trop loin pour qu'ils en connussent les péripéties. Wellington, dans la nuit qui suivit la bataille, se hâta de les rassurer. Il écrivit de sa main au duc de Berry, commandant en chef la petite armée du roi à Alost , pour lui annoncer la victoire. « Comme je compte passer la frontière demain, lui » disait le général victorieux, je prie Votre Altesse de se » mettre en marche pour se joindre à nous. J'écris au roi » pour le prier de se mettre en mouvement par la même » route. »
Il écrivait , la même nuit , au général Dumouriez , ce vieux transfuge de la France qui suivait de l'œil la guerre contre sa patrie , et à qui Wellington rendait compte de ses succès comme un élève à un maître de la guerre ;