‹ Histoire de la RestaurationChapitre 35 sur 193 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

« Vous apprenez ce que j'ai fait , et j'espère que vous en oserez content. Jamais je n'ai vu une telle bataille, ni » remporté une telle victoire, et j'espère que c'est fini de » Bonaparte ! Nous allons le poursuivre vivant. »

Il adressait le lendemain une proclamation aux Français, en franchissant la frontière, pour leur annoncer qu'il entrait à la tête d'une armée victorieuse, non #n ennemi , disait-il , mais en libérateur, et pour les aider à secouer le joug de l'ennemi du genre humain , avec lequel on ne pouvait avoir ni paix ni trêve. Il recommandait la plus scrupuleuse discipline à son armée.

Il écrivait au duc de Feltre, ministre de la guerre de Louis XVIII à Gand, de presser le roi, dont la présence était très-nécessaire, de marcher sur ses pas et de se présenter aux Français, qui imploraient son retour et sa médiation. « Nous trouvons déjà le drapeau blanc sur les «villes et sur les villages, lui écrivait-il; la défaite de » l'armée de Napoléon est plus décisive qu'on ne le » croyait au premier moment. Les soldats s'en vont par h bandes à leurs foyers , la cavalerie et le train d'artille- » rit vendent leurs chevaux dans les pays qu'ils traver- » sent, l'infanterie jette ses armes et se disperse pour re- » gagner ses habitations. Il y a plus de deux mille fusils » à ramasser dans la forêt de Mormal. »

Il sommait les commandants de place et le générai qui occupait Cambrai de rendre les armes au roi de France. Enfin , préoccupé lui-même autant que les ministres de Louis XVIII de la crainte d'une divergence entre les puissances sur la restitution du trône au roi, il écrivait à M. de Talleyrand du Cateau-Cambrésis, où ce prince venait d'arriver à sa suite :

«Le roi est arrivé, il a été accueilli avec les transports » de joie que j'espérais par les habitants; je regrette que » vous n'ayez pas accompagné le roi ici ; c'est moi qui ai » vivement insisté auprès du roi pour qu'il entrât en » France aussitôt que nous, parce que je désirais donner, » par la présence du roi à la bataille de Waterloo , tous » les résultats qu'elle doit avoir, et parce que, prévoyant » que Sa Majesté toucherait à une crise grave de son » trône, surtout quand nous approcherions de Paris, je » voulais que le roi fût aussi près que possible de la scène » où se déciderait son sort. Je ne doute pas que, si vous » aviez entendu les considérations qui me dirigent dans » cette occurrence, lorsque vous avez conseillé à Mons au » roi de ne pas entrer en France, vous auriez donné un » conseil différent à Sa Majesté. »

Lord Wellington exprimait plus clairement dans une autre lettre la crainte que, si Louis XVIII ne se hâtait pas de ressaisir le rôle de souverain, reprenant de luimême et par la volonté de son peuple la couronne , l'Autriche , la Prusse et la Russie n'abandonnassent la cause du souverain légitime et ne transférassent son droit à quelque autre prince de la maison de Bourbon ou de la famille de Napoléon.

Le roi, sourd aux avis de M. de Talleyrand et attentif à ceux de lord Wellington, s'avançait avec sa petite armée et sa cour vers Cambrai. On l'accueillait partout comme le médiateur naturel entre le peuple et l'étranger. Indépendamment des sentiments royalistes, plus développés dans le nord et dans l'ouest que clans le centre de la France, et qui précipitaient les populations au-devant de lui, l'instinct du salut public dominant toutes les né-

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