‹ Histoire de la RestaurationChapitre 37 sur 193 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

Blùcher. Il ne leur dissimula pas que dans sa pensée la première condition de tout armistice et de toute négociation était la reconnaissance des droits de Louis XVIII, expulsé du trône par une faction vaincue, et rentrant de plein droit dans son pouvoir sur les ruines de cette faction. Seulement, d'accord déjà en tout avec M. de ïalleyrand et avec Fouché, qui correspondaient tous les jours avec lui et qui voulaient obtenir du roi l'éloignement de M. de Blacas et la nomination d'un ministère plus national et plus dans leur parti, lord Wellington avouait officieusement aux plénipotentiaires que le roi avait fait des fautes en 1814, qu'il ne s'était pas entouré d'hommes d'État suffisamment caractérisés par leur esprit constitutionnel , et les assurait , qu'en rentrant à Paris , ce prince donnerait librement tous les gages compatibles avec la dignité du trône. En ce qui concernait l'insinuation des partisans du duc d'Orléans, lord Wellington répondit que ce prince sur le trône serait le démenti à tous les principes d'hérédité qui régissaient les monarchies en Europe, et qu'il ne serait aux yeux de l'Angleterre qu'un autre Napoléon, moins sa gloire, et un usurpateur de sang royal.

Pendant ces vaines tentatives de négociation, le roi s'avançait lentement derrière les armées de Wellington et de Blùcher. Avant de mettre le pied sur le sol français, il s'était séparé enfin de M. de Blacas, ce favori dévoué, mais redouté, dont l'impopularité aurait élevé entre la

France et le roi une inopportune antipathie. M. de Chateaubriand et ses amis, M. de Talleyrand, Fouché et leurs agents , lord Wellington lui-même , obtinrent avec peine de ce prince ce sacrifice à la nécessité. La séparation douloureuse pour le roi fut adoucie pour le favori par des titres et des munificences qui s'élevaient à sept ou huit millions. M. de Blacas se montra digne de ces bienfaits de son maître en reportant cette fortune , don de la main royale, aux pieds de Charles X détrôné et pauvre dans son dernier exil.

A peine délivré de la dangereuse présence de M. de Blacas dans son conseil , Louis XVIII publia au Cateau- Cambrésis la proclamation royale qui rappelait son peuple à lui.

« Dès l'époque, disait le roi, où la plus criminelle des » entreprises, secondée par la plus inconcevable défection, »nous a contraint de quitter momentanément notre » royaume, nous vous avons avertis des dangers qui vous » menaçaient si vous ne vous hâtiez de secouer le joug » du tyran usurpateur.

» Nous n'avons pas voulu unir nos bras ni ceux de » notre famille aux instruments dont la Providence s'est » servie pour punir la trahison. Mais aujourd'hui que les » puissants efforts de nos alliés ont dissipé les satellites » du tyran , nous nous hâtons de rentrer dans nos États » pour y rétablir la constitution que nous avons donnée » à la France, réparer, par tous les moyens qui sont en » notre pouvoir, les maux de la révolte et de la guerre » qui en a été la suite nécessaire; récompenser les bons, » mettre à exécution les lois existantes contre les coupa- » blés; enfin pour rappeler autour de notre trône pater-

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