LIVRE VINGT-NEUVIEME
»nel l'immense majorité des Français, dont îa fidélité, » le courage et le dévouement ont porté de si douces con- » solations dans notre cœur.
» Donné au Cateau-Cambrésis, le 25 juin 1815, et de » notre règne le vingt et unième.
» Signé Louis. »
L'esprit de M. de Blacas se faisait encore sentir dans cette imprudente proclamation , rédigée par le roi et par son chancelier, M. Dambray. Le ressentiment des paroles pouvait porter les Chambres , l'armée et les nombreux complices du 20 mars, au désespoir par la perspective des châtiments dont le prince les menaçait si impolitiquement. L'amnistie est la première condition des réconciliations entre un roi et son peuple. Un vainqueur aurait eu à peine le droit de parler ainsi. Louis XVIII n'était qu'un vaincu ramené par une victoire étrangère Son rôle était de se présenter comme l'intercesseur et non comme l'exécuteur de l'Europe. Cette proclamation mal inspirée ralentit le mouvement qui entraînait tout à lui.
Le roi arriva à Cambrai, dont les portes lui furent ouvertes par le peuple , malgré la résistance de la garnison. Il y entra par la brèche triomphale que l'amour du peuple et le délire des femmes et des enfants lui avaient faite, et que des jeunes filles jonchaient de fleurs. Il y trouva son ministère tout entier, qui l'arracha aux souvenirs de la politique de M. de Blacas , et qui lui inspira une
proclamation aux Français plus paternelle et plus habile.
« Les portes, de mon royaume, disait le roi, s'ouvrent » devant moi. J'accours pour me placer une seconde » fois entre les Français et les armées alliées, dans l'es- » poir que les égards dont je peux être l'objet tourneront » au salut de mes sujets. C'est la seule manière dont j'ai » voulu prendre part à la guerre. Je n'ai point permis » qu'aucun prince de ma famille parût dans les rangs » des étrangers , et j'ai enchaîné le courage de ceux de » mes serviteurs qui avaient pu se ranger autour de moi. » Revenu sur le sol de la patrie , je me plais à parler » de confiance à mes peuples. Lorsque je reparus au mi- » lieu d'eux, je trouvais les esprits agités et emportés par » des passions contraires , mes regards ne rencontraient » de toutes parts que des difficultés et des obstacles. Mon » gouvernement devait faire des fautes ; peut-être en a- » t-il fait. Il est des temps où les intentions les plus pu- » res ne suffisent pas pour diriger, où elles égarent. » L'expérience seule pouvait avertir ; elle ne sera pas » perdue. Je veux tout ce qui sauvera la France !
» Mes sujets ont appris, par de cruelles épreuves, que )) le principe de la légitimité des souverains est une des » bases fondamentales de l'ordre social , la seule sur la- )) quelle puisse s'établir, au milieu d'un grand peuple, » une liberté sage et bien ordonnée. Cette doctrine vient » d'être proclamée comme celle de l'Europe entière. Je » l'avais consacrée d'avance par ma Charte , et je pré- i » tends ajouter à cette Charte toutes les garanties qui » peuvent en assurer le bienfait.
» L'unité du ministère est la plus forte que je puisse