LIVRE VINGT-NEUVIEME
» offrir ; j'entends qu'elle existe, et que la marche fran- » che et assurée de mon conseil garantisse tous les inté- » rets et calme toutes les inquiétudes.
» On a parlé dans les derniers temps du rétablisse- » ment de la dime et des droits féodaux. Cette fable , » inventée par l'ennemi commun, n'a pas besoin d'être » réfutée. On ne s'attendra pas que le roi de France s'a- » baisse jusqu'à repousser des calomnies et des men- » songes. Le succès de la trahison en a trop indiqué la » source ; si les acquéreurs de domaines nationaux ont » conçu des inquiétudes, la Charte aurait du suffire pour » les rassurer. N'ai-je pas , moi-même , proposé aux » Chambres et fait exécuter des ventes de ces biens ? » Cette preuve de ma sincérité est sans réplique.
» Dans ce dernier temps , mes sujets de toutes les » classes m'ont donné des preuves égales d'amour et de » fidélité ; je veux qu'ils sachent combien j'y ai été sen- » sible, et que c'est parmi tous les Français que j'aimerai » à choisir ceux qui doivent approcher de ma personne » et de ma famille.
» Je ne veux exclure de ma présence que ces hommes » dont la renommée est un sujet de douleur pour la » France et d'effroi pour l'Europe. Dans la trame qu'ils » ont ourdie, j'aperçois beaucoup de mes sujets égarés » et quelques coupables.
» Je promets, moi qui n'ai jamais promis en vain, — » l'Europe entière le sait , — de pardonner aux Français » égarés tout ce qui s'est passé depuis le jour où j'ai » quitté Lille au milieu de tant de larmes, jusqu'au jour » où je suis entré dans Cambrai au milieu de tant d'ac- )) clamations.
» Mais le sang de mes enfants a coulé par une trahi- » son dont les annales du monde n'offrent pas d'exemple. » Cette trahison a appelé l'étranger au cœur de la France. » Chaque jour me révèle un désastre nouveau. Je dois » donc , pour la dignité de mon trône , pour l'intérêt de » mes peuples, pour le repos de l'Europe, exempter du » pardon les instigateurs et les auteurs de cette trame » horrible. Ils seront désignés à la vengeance des lois » par les deux Chambres que je me propose de rassem- » bler incessamment.
» Français ! tels sont les sentiments que rapporte au » milieu de vous celui que le temps n'a pu changer, que » le malheur n'a pu fatiguer , que l'injustice n'a pu » abattre.
» Le roi, dont les pères régnent depuis des siècles sur » les vôtres, revient pour consacrer ses jours à vous dé- » fendre et à vous consoler.
» Donné à Cambrai, le 28e jour du mois de juin de » l'an de grâce 1815 et de notre règne le 21e.
» Signé Louis. »
On reconnaissait dans ce manifeste l'esprit insinuant de M. de Talleyrand, la magnanimité royaliste de M. de Chateaubriand, et la majesté de style du roi lui-même. Concerté aussi avec Fouché , dont les émissaires se succédaient sous différents déguisements auprès du prince, il produisit une immense impression sur l'esprit public en faveur du roi. Ses promesses désintéressaient tout monde de la résistance , excepté trois ou quatre grands