‹ Histoire de la RestaurationChapitre 40 sur 193 · LIVRE VINGT-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIEME

coupables du 20 mars, pour qui la nation irritée n'était pas disposée à sacrifier son existence ou à ajourner sa pacification.

Les maréchaux et les généraux restés fidèles à la cause du roi pendant le second règne de Napoléon accouraient au-devant de lui. Macdonald, Oudinot, Gouvion Saint - Cyr étaient déjà à Cambrai. Les restes de Tannée repliés autour de Paris, et les Chambres enfermées dans la capitale, s'opposaient seuls à la complète restauration du trône des Bourbons. Fouché, feignant toujours de négocier avec les ennemis, négociait en réalité avec les Chambres. Mais, embarrassé par ses collègues du gouvernement, il comptait sur la pression des dangers publics pour l'aider à triompher des obstacles dont il était entouré, et pour faire éclater le cri des royalistes, comprimé encore par la terreur de l'armée dans Paris. Si, d'un côté, ce ministre, jeté au milieu de tant de hasards, souffrait de l'impatience d'en finir avec les débris de Napoléon, d'un autre côté, il n'était pas fâché que la prolongation et la complication de ces difficultés élevées par la nature même des choses, sous les pas de Louis XVIII, ne missent plus d'éclat, plus d'importance et plus de prix aux services qu'il voulait lui rendre pour racheter son irrémissible régicide dans le cœur d'un roi , et pour conquérir une large part du pouvoir, après son second avé* nement.

Il tâta plusieurs fois le conseil du gouvernement sur une proclamation des Bourbons. Ses insinuations , mai

accueillies par la majorité de ses collègues et surtout par Carnot , qui voulait des gages de liberté en échange du trône restitué au roi , forcèrent Fouché à ajourner à des moments plus extrêmes.

La première condition de liberté pour Paris était Péloignement de l'armée peuplée des créatures de Napoléon, et qui, en fraternisant avec les Chambres, les fédérés, les faubourgs , pouvait ensevelir Paris sous ses propres débris. Fouché, sûr de la fermeté, de la mesure et de la prudence du maréchal Davoust, le fit nommer généralissime de l'armée sous Paris. Davoust était trop soldat pour porter ombrage à l'armée, trop patriote pour immoler cette armée et la capitale à un accès de rage contre les Bourbons et à un dévouement posthume à Napoléon.

Il établit son quartier général à la Villette. Grouchy , tous les chefs et tous les corps de l'armée du Nord s'y groupaient autour de lui; l'ennemi grossissant en face, Paris travaillé et fluctuant derrière eux , situation qui commandait la négociation, non la bataille. Fouché l'insinuait à toute heure plus clairement ou plus obscurément au maréchal. Lui-même y était résolu, les généraux, ses subordonnés, autant que lui. Les plus difficiles, en apparence, à convaincre , ne cherchaient évidemment qu'à faire de meilleures conditions. Les nombreuses versatilités de leur vie militaire les avaient trop assouplis aux événements, pour qu'une fois l'honneur sauvé, aucun d'eux s'aventurât dans une opposition désespérée à la fortune. Us n'étaient retenus que par cette pudeur muette qui, dans des circonstances impérieuses, mais douloureuses, empêche chacun de prendre l'initiative et

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