LIVRE VINGT-NEUVIÈME
tout en murmurant , sous l'ascendant de Fouché et des événements.
Un petit nombre de généraux exaltés s'indignaient, seuls dans l'armée , contre les apparences visibles de négociations qui se nouaient entre Davoust, Grouchy et les armées étrangères. Les généraux Dejean, Freissinet et quelques-uns des colonels et des officiers de l'armée signèrent une adresse aux Chambres pour protester contre l'entrée des Bourbons. Cette adresse, communiquée à Davoust et envoyée à la Chambre des représentants , y fut lue par Dupont (de l'Eure). Les généraux Pajol , Freissinet , d'Erlon , Roguet , Harlet , Pelet , Christian , Brunet, Chasteau, Vandamme, Ambert l'avaient signée, Davoust, lui-même, pour ne pas rompre avec ses lieutenants, avait consenti à y mettre son nom. « Les Bour- » bons n'offrent aucune garantie à la France , nous sau- » rons mourir contre eux , » disait cette adresse , sorte de serment renouvelé du 20 mars.
Elle reçut quelques vains applaudissements du parti militaire ou bonapartiste de l'Assemblée , et ne changea rien à des nécessités qui n'écoutaient plus de paroles. Les événements marchaient en laissant les Chambres derrière eux. Le maréchal Davoust, lui-même, n'avait signé cette protestation que pour ne pas perdre son crédit sur ses camarades. Grouchy négociait pour un armistice par ses ordres et par ceux de Fouché. Personne ne voulait avoir l'apparence de traiter ; tout le monde traitait. On fermait les yeux aux pourparlers entre les
deux armées et les deux causes. Le maréchal Ney, le maréchal Grouchy, le maréchal Mortier, consultés par la Chambre des pairs sur la possibilité de prolonger la défense de Paris, après la prise du village d'Auberviliiers par les troupes de Blùcher , répondaient qu'une capitulation était indispensablement commandée par les lois civilisées de la guerre, si Ton ne voulait pas livrer la capitale à l'assaut et au ravage d'un ennemi irrésistible. La Chambre convaincue, mais retenue encore par les protestations de quelques généraux, moins sincères ou plus désespérés dans leur cause, attendit néanmoins le résultat d'une autre négociation ouverte par M. Bignon.
Ce ministre, qui portait les illusions de la diplomatie dans les réalités de la guerre, avait envoyé des plénipotentiaires à Wellington et à Blùcher pour en obtenir un armistice après l'insuccès de La Fayette et de Sébastiani. Ces plénipotentiaires diplomates, Andréossy , Valence , Boissy d'Anglas, Flaugergues, Labesnardière, avaient pour instruction de faire accepter pour limite infranchissable aux deux armées une ligne distante de vingt lieues de la capitale. Cette démarcation, arbitrairement tracée sur la carte par le ministre dans son cabinet , n'était défendue que par le doigt de ce diplomate. Blùcher la franchit avec dédain, refusa de recevoir des plénipotentiaires qui n'avaient à opposer que des paroles à deux cent mille hommes vainqueurs et irrités. A peine leur permit-il, par égard pour l'Angleterre , de traverser ses avant-postes et une partie de son armée pour se rendre au quartier général de son collègue Wellington.