LIVRE VINGT-NEUVIÈME. SI
Ce général rendit compte ainsi à son gouvernement de sa conférence avec eux : « J'ai reçu les cinq commissaires » envoyés de Paris pour me demander une suspension » d'armes. Je leur ai dit que je ne pouvais, dans l'état » présent des choses , considérer toute tentative de négo- » cier avec nous que comme un piège, et que suspendre d mes opérations, ce serait trahir nos alliés. Ils m'ont dit » qu'ils avaient tous les motifs de croire que Napoléon » avait définitivement quitté Paris , et que , dans le cas » où il s'obstinerait à rester à la Malmaison, il y avait d plusieurs moyens de s'en défaire , soit en l'envoyant » en Angleterre, soit en le confiant à l'empereur cVAu- » triche, son beau-père. J'ai répondu que je n'avais au- » cun pouvoir pour décider entre ces divers partis , mais » que, s'il était envoyé en Angleterre, je ne doutais pas » que le prince régent ne crût de son devoir de le remettre » à la disposition de ses alliés.
» Us me dirent alors qu'ils le croyaient déjà à Roche- » fort ou embarqué pour l'Amérique, et me demandèrent » si, dans le cas où ce départ serait accompli, je consen- » tirais à suspendre ma marche sur Paris. J'ai répondu » qu'indépendamment de la présence de Napoléon , il y » avait les adhérents à sa cause qui avaient déclaré la » guerre aux alliés, et qu'avant de suspendre mes opéra- » tions, la prudence me commandait de voir établir préa- » lablement en France l'ébauche au moins d'un gouver- » nement qui donnât quelques gages de sécurité dans la
» paix de l'Europe. Ils me demandèrent de leur indiquer » la pensée des alliés sur cet article ; je leur dis que je » n'avais à cet égard aucun titre pour parler , soit au » nom de l'Angleterre , soit au nom de ses alliés, mais » que mon opinion privée et personnelle était qu'il n'y » avait de sécurité pour l'Europe et pour eux que dans la » restauration du roi, que tout autre système enfanterait » inévitablement de nouvelles éventualités de guerre, » qu'il y avait même plus de vraie dignité pour eux à » rappeler sans condition leur roi fugitif que de lui im- » poser des entraves qui retarderaient la paix et gêne- » raient ses intentions constitutionnelles. Us professèrent » tous devant moi la conviction individuelle que le rappel » du roi pouvait seul obvier aux malheurs des circonstan- » ces. Us me dirent que le rétablissement de Louis XVIII » était au fond le vœu du gouvernement provisoire lui- » même, et que ce gouvernement et les Chambres n'a- » vaient proclamé momentanément Napoléon II que pour » assoupir et se concilier les soldats réfugiés à Paris en si » grande masse après la bataille de Waterloo , qu'on » craignait leur sédition et la guerre civile. Ils m'inter- » rogèrent pour savoir de moi si une régence, gouvernant » au nom de Napoléon II , serait de nature à satisfaire » les alliés. Je répondis énergiquement que je ne le pen- )> sais pas. Enfin, ils insistèrent encore pour avoir mon » opinion sur l'appel au trône de France d'un prince » autre que le roi légitime. Je refusai de discuter ces hy- » pothèses, m'en référant à ce que je leur avais précé- » demment répondu.
» Ils me suivirent encore à mon quartier général. Us » renouvelèrent leurs questions sur l'appel au trône d'un