‹ Histoire de la RestaurationChapitre 44 sur 193 · LIVRE VINGT-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIEME

)) prince autre que leur roi. Je répondis plus catégorique- » ment que je ne voyais de gage de paix pour la France » et de sécurité pour l'Europe que dans Louis XVIII. Ils » me dirent qu'ils m'avaient parfaitement entendu ; quel- » ques-uns ajoutèrent, en faisant allusion à l'opinion » que je venais d'exprimer : Vous avez parfaitement » raison !

» Le surlendemain enfin , m'ayant appris le départ de » Napoléon pour les États-Unis, et m'interrogeant sur ce » qu'il y avait à faire préalablement à la paix , je leur » déclarai que, le principal obstacle à un armistice étant » écarté , la mesure la plus convenable à prendre , selon » moi , était de faire replier l'armée française derrière la » Loire, et de confier Paris à la garde nationale. J'ajoutai » que si ces termes étaient consentis par eux, j'intervien- » drais auprès de mon collègue Blùcher pour l'engager à » suspendre sa marche et les hostilités. Us firent des objections à la retraite de l'armée derrière la Loire, bien » qu'ils m'eussent dit l'avant-veille que la présence de )) l'armée à Paris avait été le seul motif qui avait induit » le gouvernement et les Chambres à proclamer Napo- » léon II. Je répliquai que tant qu'un soldat serait dans » Paris, je ne suspendrais pas mes opérations, et, dans » le fait, s'ils consentaient à restaurer Louis XVIII sur » son trône, ce prince, entouré dans Paris par l'armée et » par les Chambres, serait à la merci des créatures de » Napoléon et l'instrument de leurs desseins. »

Les plénipotentiaires de M. Bignon rentrèrent dans Paris au moment où Blùcher, tournant la capitale, passait sur la rive gauche de la Seine. La ville, faiblement fortifiée sur les deux rives , n'avait pour se défendre que les débris de Waterloo, réduits par la désertion et le découragement à environ vingt mille hommes de toutes armes, l'armée de Grouchy réduite à trente mille combattants, quelques dépôts de troupes qui n'avaient pas fait la campagne, quelques poignées de volontaires et de fédérés propres seulement à combattre derrière des retranchements, beaucoup de pièces de canon, peu d'artilleurs pour les servir, des généraux divisés d'intérêt et d'opinion , se défiant les uns des autres , des maréchaux dont les uns se hâtaient de rejoindre le roi , dont les autres traitaient dans leurs cœurs, tout en affectant de vouloir combattre encore pour obéir à leurs soldats , et dont les plus renommés avouaient hautement dans leurs entretiens et dans leurs rapports aux Chambres que la lutte , désormais sans objet par l'abdication de l'empereur, n'était que l'incendie de Paris, le massacre de nos derniers bataillons, le sacrifice inutile et sans espoir de la capitale et de la patrie à une ombre d'empire en fuite que la victoire même ne ressaisirait pas.

Les historiens du 20 mars, qui ont énuméré, complaisamment depuis, les forces imposantes ralliées sous Paris, en les portant à cent dix mille hommes, ont pris des chiffres pour des hommes sur les tableaux militaires

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