‹ Histoire de la RestaurationChapitre 45 sur 193 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

qu'ils ont compulsés. L'armée n'existait plus qu'en noyaux de cinquante ou soixante mille combattants autour de Paris pour protéger le gouvernement et les Chambres dans la ville, défendre les murs, et tenir la campagne contre trois cent mille hommes couvrant déjà les deux rives de la Seine, et contre quatre cent cinquante mille hommes arrivant des Alpes et du Rhin par la Bourgogne et la Champagne.

Le Midi s'insurgeait partout pour les Bourbons, idoles des populations de ces provinces. L'Ouest courait aux armes, et s'organisait sous les chefs royalistes, pour combattre à la fois les troupes de Bonaparte et interdire l'accès de leur contrée à l'étranger. Le Nord ouvrait toutes ses places fortes au roi lui-même. Paris l'attendait avec impatience. Que pouvaient quelques milliers d'hommes, même vainqueurs, contre les trois quarts de la France et contre l'Europe entière sous Paris ? Exaspérer la victoire , et faire à l'ombre de Napoléon un sacrifice de plus. Ces historiens écrivent pour consoler un parti , non pour rendre témoignage aux faits. L'armée, dans l'intérêt de la patrie , devait se conserver à la France et au roi , en s'abritant derrière la Loire et en cessant de disputer la paix à la nation et le trône à Louis XVIII. Les hommes de guerre les plus héroïques, les plus éprouvés et les plus compromis de l'époque , Soult , Davoust , Grouchy, Oudinot, Masséna, Ney lui-même, en jugeaient unanimement ainsi. De quel droit des écrivains de parti accusent-ils d'inexpérience ces maîtres de la guerre et de lâcheté ces braves ? Ils immolent au fanatisme pour l'empereur jusqu'à ses plus intrépides lieutenants.

Davoust, résolu à traiter, mais voulant honorer la négociation même par les armes, profita d'une témérité de Blùcher , qui avait aventuré un de ses corps de cavalerie jusqu'à Versailles, en passant la Seine à Saint-Germain, pour tenir en respect les Prussiens quelques jours de plus. Il ordonna au général Excelmans, impatient d'exploits, même après ses espérances anéanties, d'attaquer avec quinze cents hommes de cavalerie le corps de Blùcher à Versailles et de le refouler sur la Seine, où il pouvait être précipité. Ce coup de sabre balayait quelques jours de plus la rive gauche , et donnait du temps aux négociations et du respect à l'ennemi.

L'homme était admirablement choisi pour l'exécuter dans Excelmans. C'était le Murât de l'armée de Paris. Élevé à l'école du roi de Naples, son ami Excelmans en avait la rapidité et la chevalerie dans le bras et dans le cœur. Davoust lui avait promis de le faire soutenir par deux corps d'infanterie, auxquels il fit repasser la Seine pour cette expédition. Excelmans, ayant divisé sa cavalerie en deux colonnes , s'avança sur Versailles à la tête de la première. La seconde, commandée par le général Vichery, se porta sur Roquencourt, afin d'attaquer en flanc les Prussiens qu'Excelmans aborderait en face. Les Prussiens, déjà sortis de Versailles pour se répandre dans les plaines de Paris, à gauche de la Seine, rencontrèrent la colonne d'Excelmans dans les chemins creux de la forêt de Verrières. Le choc du général fut terrible. Ses

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