LIVRE VINGT-NE'UVTEME
régiments, animés par un chef qui combattait lui-même à la tête de ses escadrons, sabrèrent les Prussiens jusque dans les rues de Versailles, et les rejetant sur Roquencourt, où les attendait la colonne de Vichery, les détruisirent jusqu'au dernier homme.
Libre alors de ses mouvements, et croyant former l'avant-garde des deux corps d'infanterie promis par Davoust, Excelmans, avec ses deux colonnes réunies et victorieuses, galopa vers Saint-Germain pour jeter le reste du corps de Blùcher dans la Seine. Mais il se heurta seul à Marly contre des masses d'infanterie de Blùcher qui occupaient ces collines. Les corps d'infanterie , lancés le matin par Davoust, avaient reçu contre-ordre. Fouché, informé de ces opérations agressives contre les armées avec lesquelles il était en négociation, avait blâmé énergiquement cette témérité inutile à la défense, funeste à la paix. Davoust, convaincu, avait obéi. L'héroïsme d'Excelmans n'avait fait que décorer d'un dernier lustre et d'un dernier sang la capitulation inévitable.
Carnot, le membre le plus militaire du gouvernement, fit lui-même l'inspection des fortifications et des troupes. Il déclara devant le conseil de guerre, assemblé et réuni au conseil du gouvernement , qu'il était sans doute possible de balayer pour un moment la rive gauche des Prussiens qui commençaient à s'y répandre, mais que ce succès serait momentané, et qu'unis à l'armée anglaise, ils repasseraient bientôt le fleuve en nombre et en force
irrésistibles. Les conclusions de son rapport étaient décourageantes, quoique amères contre les chefs militaires. Fouché, interrogé par Dupont de l'Eure sur l'état des négociations, déclara que les alliés imposaient Louis XVITI; que l'Europe voulait à tout prix les Bourbons ; que s'y refuser, c'était autoriser le joug de fer que ces princes , soutenus par l'Europe contre l'armée impuissante, voudraient imposer à la patrie ; que les recevoir sous des conditions nationales et constitutionnelles, c'était sauver à la fois la capitale, la France et la liberté ; qu'on stipulerait avec eux pour l'armée, pour les Chambres, pour les hommes compromis dans le 20 mars et couverts ainsi d'une amnistie dans une capitulation. Ces paroles, appuyées par Masséna et par Soult , affirmant unanimement que la défense de Paris était au-dessus des forces humaines , achevèrent de motiver la conviction des ministres, des représentants, et des militaires présents à cette délibération.
Un seul , un vieux soldat , le maréchal Lefebvre , témoigna quelques doutes sur la possibilité de défendre au moins quelques jours de plus la rive gauche. Fouché, feignant d'adhérer aux scrupules d'honneur du maréchal, ordonna la réunion d'un conseil de guerre à la Yillette , chez le généralissime, pour décider en dernier appel de la situation défensive de Paris.
Ce conseil de guerre, formé de tous les maréchaux présents à Paris, se réunit dans la nuit au quartier général de la Yillette, Soult représenta que la situation poli-