LIVRE VINGT-NEUVIÈME
tique dominait la question militaire ; que la prolongation de la défense de Paris pendant plus ou moins de jours ne serait que du temps donné à un plus vaste débordement des armées étrangères sur le territoire et autour de la capitale. Il reconnut franchement et résolument la nécessité de se rallier à Louis XVIII , si l'on ne voulait pas que la chute de Napoléon entraînât la ruine et le démembrement de la patrie. Davoust , Grouchy, Vandamme lui-même fortifièrent, avec une triste mais sévère conviction , les paroles sages et politiques du maréchal Soult : « Le bon sens nous crie et crie à la France qu'il » n'y a de salut que dans le roi , s'écriaient-ils tour à » tour ; sa modération et sa sagesse sont le meilleur «traité. » Quelques jeunes généraux, parmi ceux qui s'acharnaient à l'espérance de Napoléon II, par fanatisme pour le père et pour ne pas démentir leur récent enthousiasme, opposèrent de vagues objections. Les militaires en France sont d'héroïques soldats des causes debout, rarement martyrs des causes tombées. Le conseil répondit qu'il n'y avait aucun espoir pour une bataille , aucune garantie pour Paris en cas de défense prolongée sous ses murs.
Fouché, Carnot, Grenier, Caulaincourt, Quinette, armés de cette délibération des chefs militaires , qui couvrait leur responsabilité devant la Chambre, autorisèrent, la même nuit, Davoust à conclure une capitulation. En vain des orateurs napoléoniens à la Chambre murmurèrent-ils quelques imprécations contre la nécessité, quelques insinuations à la trahison contre Fouché. Fouché, couvert par l'autorité révolutionnaire et militaire de Carnot et par les maréchaux, brava ces rumeurs.
Davoust envoya des parlementaires à l'armée de Blùcher. Ce général répondit, avec la brutalité d'un barbare, qu'il n'entendrait aucune parole de paix, tant que l'armée n'aurait pas déposé les armes. Il insulta Davoust dans ses réponses par des insinuations outrageantes et calomnieuses sur les déprédations injustement attribuées à ce maréchal à Hambourg, pendant qu'il exécutait les prescriptions de Napoléon contre la marine et le commerce des villes anséatiques.
Fouché, qui correspondait avec le général anglais par l'intermédiaire d'un Italien , son confident , ancien aide de camp de Murât , le colonel Macerone , engagea Wellington à intercéder auprès de Blùcher pour le plier aux négociations. Wellington écrivit au général prussien qu'il serait téméraire à eux seuls d'investir Paris de tous les côtés ; qu'un armistice était la meilleure mesure de guerre pour donner le temps aux armées russes et autrichiennes d'arriver à leur aide. Blùcher, influencé par son collègue et par un autre négociateur de Fouché, le général Tromelin, consentit à une suspension d'armes, à la condition que l'armée française se retirerait à quarante lieues de Paris. Wellington passa sur la rive gauche de la Seine , à Argenteuil , pour fortifier Blùcher pendant ces négociations. Le château de Saint-Cloud , ce palais du repos de Napoléon après ses triomphes , fut désigné par les deux généraux pour le lieu des conférences. Le ministre des affaires étrangères, M. Bignon , M. de Bondy,