LIVRE VINGT-NEUVIÈME
préfet de Paris, et le général Guilleminot, major-général de l'armée sous Davoust, s'y rencontrèrent, le 3 juillet à quatre heures du soir, avec Blùcher et Wellington.
C'était l'heure précise où Napoléon, s'échappant enfin de la Malmaison, montait, inconnu, dans une voiture de suite pour gagner le rivage de l'Océan. L'évacuation de Paris par l'armée française et sa retraite derrière la Loire furent le premier article de la convention. Le second portait que les armées anglaise et prussienne protégeraient les autorités actuellement existantes dans Paris, aussi longtemps qu'elles existeraient. L'artillerie et ses munitions étaient livrées aux alliés.
C'était une capitulation véritable , vainement décorée, pour sauver l'honneur, du titre de convention. Tout tombait , ville et trône , à la merci des puissances ; mais Waterloo avait malheureusement tout livré.
Paris consterné offrait sur ses boulevards et sur ses places le même spectacle qu'en 1814 : un peuple nomade de cultivateurs , chassés de leurs villages par l'approche des armées étrangères , campés avec leurs femmes , leurs vieillards, leurs enfants, leurs troupeaux, leurs chars chargés de leurs meubles, dans les rues et dans les promenades de la capitale. Fouché, maître de tous les ressorts de la police, les employait à semer la panique et la défiance mutuelle dans les esprits pour déconcerter toute idée de sédition militaire dans l'armée , d'énergie posthume dans les Chambres. Il dominait la crise dans la
rue comme il l'avait dominée dans le conseil de l'empereur et dans le conseil du gouvernement. La convention , ainsi habilement préparée dans les esprits abattus du peuple, éclata sans provoquer un murmure ; elle fut accueillie avec une résignation officielle et avec une secrète satisfaction par la Chambre. L'ancien ministre de la République, Garât, monta à la tribune et reconnut hautement que l'honneur était satisfait. Il demanda seulement que l'on profitât de cet interrègne pour proclamer, à l'imitation des Anglais, une théorie fondamentale des droits de l'homme, à jamais reconnue par les gouvernements que la France accepterait. Manuel s'y opposa, et demanda que la Chambre reprit la délibération sur une constitution en cent articles, dont il était rapporteur. C'était servir peut-être, à coup sûr réjouir Fouché, que d'ouvrir une longue et vaine délibération de principes dans une assemblée qui avait l'ennemi aux portes, et dont on voulait prévenir l'explosion et modérer l'énergie. Le général Solignae demanda qu'on votât des actions de grâces à l'armée. Ce vote fut porté; une adresse le fit connaître aux troupes.
Cependant la convention s'exécutait sans obstacle depuis la veille au soir. Saint-Denis, occupé par les alliés, avait arboré le drapeau blanc. Une passagère émotion agita les faubourgs et les derniers bataillons de l'armée , au moment où les Prussiens se présentèrent pour occuper les postes rapprochés de la ville et abandonnés par