‹ Histoire de la RestaurationChapitre 49 sur 193 · LIVRE VINGT-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIEME

la troupe de ligne. Des hommes du peuple et des soldats débandés crièrent aux armes ! vociférèrent des imprécations contre les traités, tirèrent des coups de fusil en l'air sur les remparts , comme pour défier les étrangers et réveiller le patriotisme de la ville, et se répandirent en groupes menaçants vers les Tuileries , où siégeait Fouché. Masséna se mit à la tète de la garde nationale, levée à sa voix , pour couvrir le gouvernement et maintenir Tordre. Tout se calma devant le vieux guerrier et devant les baïonnettes de la bourgeoisie armée dans sa ville.

Hors des murs, quelques bataillons acharnés à la lutte recurent avec des vociférations menaçantes Tordre de quitter la capitale. Ils crièrent à la trahison et jurèrent au peuple, qui les retenait, de défendre Paris malgré leurs chefs. Quelques-uns brisèrent leurs armes et refusèrent de marcher vers la Loire. On parla clans le camp de déposer militairement le sévère Davoust et de proclamer Vandamme général et tribun des soldats. Les généraux bonapartistes fomentaient sourdement ces révoltes soldatesques. Vandamme , soldat populaire mais discipliné, tout près d'atteindre légitimement les plus hautes dignités de l'armée, refusa d'y monter par la sédition. Jl avait voté lui-même, dans le conseil de défense, pour une retraite nécessaire et pour les Bourbons , seule garantie maintenant d'indépendance et de paix. Le général Drouot, commandant la garde impériale à Waterloo, se présenta aux troupes et les convainquit par ses conseils et son exemple. L'armée se borna à demander sa solde, à l'exemple des cohortes romaines du Bas-Empire.

Le gouvernement provisoire, tremblant de son exi-

gence, vida les caisses publiques pour la satisfaire, et emprunta même aux principaux banquiers de Paris les millions nécessaires pour apaiser les chefs et les soldats. M. Laffitte, banquier populaire et libéral, se signala par le généreux concours qu'il offrit ce jour-là au gouvernement. Il lui prêta son or et son crédit, pour préserver la ville des extrémités auxquelles la sédition de l'armée pouvait exposer les citoyens. Dans les tristes nécessités que le retour de Napoléon avait faites à la France, M. Laffitte et tous les hommes nouveaux de la haute bourgeoisie trouvaient plus de patriotisme dans une paix honorée par des conditions libérales avec les Bourbons, que dans les désastres prolongés du pays par l'obstination des adhérents de Napoléon.

Tel était en ce moment le sentiment de la France entière : son attitude le prouvait depuis trois mois. Consternée , mais immobile , elle regardait tomber Napoléon comme elle l'avait regardé revenir de l'île d'Elbe. La nation , depuis longtemps , avait sa cause distincte de celle de l'armée. Cette séparation de l'armée et du peuple, qui datait du 18 brumaire, explique seule ce que les historiens du parti militaire ont voulu depuis expliquer par la trahison des maréchaux et par l'avilissement moral de la nation. Ils mentent; rien ne s'explique par la lâcheté dans un peuple qui venait de conquérir le monde, et qui se laissait conquérir deux fois sans se lever au bruit de ses armées détruites et de sa capitale envahie. La nation j affligée et humiliée , protestait par son immobilité contre une cause qui se jugeait sur son propre sol, mais qui n'était plus la sienne depuis que la sédition militaire du 18 brumaire et la sédition impériale du 20 mars en

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