LIVRE VINGT-NEUVIEME
Lord Wellington, déjà fasciné par les agents de Foi> ché et favorablement prévenu par M. de Talleyrand luimême, qui feignait de déclarer bien baut la nécessité de Foucbé, sortit de cet entretien plus convaincu que jamais que le roi devait s'en remettre en tout , pour sa rentrée dans Paris et pour son gouvernement après , à l'habileté souveraine d'un homme qui venait de se jouer des événements les plus compliqués avec une si haute supériorité d'intrigue et d'audace. Il vit dans cet homme le dompteur de la révolution, préparé à ce rôle par la révolution elle-même. Fouché, ravi de l'impression qu'il avait produite sur l'homme le plus influent de la coalition et par lui sur le cabinet britannique, véritable patron de Louis XVIII dans cette guerre, pria lord Wellington d'obtenir du roi, déjà arrivé au château d'Arnouville , sous les murs de Saint-Denis, les déclarations d'amnistie et de pacification les plus libérales. Il lui montra les dangers de laisser plus longtemps Paris à la merci des hasards, des retours d'opinion, des mouvements populaires ou soldatesques, des discussions de l'Assemblée, et le conjura de trancher ces incertitudes en entrant hardiment le lendemain dans Paris. Wellington le promit.
En sortant de Neuilly , Fouché se sentit ministre du roi et arbitre de la Restauration. Un message confidentiel de Talleyrand l'informa que le roi consentait à le recevoir secrètement le lendemain, G juillet, au château d'Arnouville, halte et quartier général de Louis XVIII et de sa famille. Fouché, pour se tenir toujours en mesure avec les deux partis, obtint de ses collègues au gouvernement l'autorisation de se rendre à cette entrevue en qualité de président du gouvernement provisoire , V. G
sous prétexte de convaincre ce prince de la nécessité d'institutions nationales et de lui imposer les garanties les plus rassurantes pour les principes et les personnes. Il n'eut aucune peine à convaincre des hommes déjà convaincus par la nécessité et qui étaient intéressés à avoir eux-mêmes un négociateur aussi compromis, entre eux et le prince bientôt leur maître. Carnot avait vu luimême le roi en 1814. Caulaincourt avait sollicité de paraître à sa cour. Fouclié se rendit donc le 6 à Arnouville.
Tout était déjà disposé dans l'esprit du roi, dans son conseil , dans sa cour , pour préparer à Fouché l'accueil qu'un prince reconnaissant doit à l'homme qui lui rend son peuple et qui lui aplanit le retour au trône. Les royalistes restés à Paris pendant les cent jours de la domination de Bonaparte, se pressaient, depuis deux nuits, sur la route d'Arnou ville. Impatients d'assurer le retour du roi et de hâter le règne qu'ils avaient cru perdu pour jamais, ils avaient fait taire toutes les antipathies de leur naissance, de leur opinion, de leur émigration même, contre le proconsul de la terreur, le régicide de Louis XVI, le conspirateur du 20 mars. Les partis, qui ne pardon* nent rien à ce qui les a servis, pardonnent tout à ce qui va les servir. L'utilité est pour eux l'amnistie de tous les crimes. Les royalistes de Charles II firent de Monk un héros , les royalistes de Louis XVIII faisaient de Fouché un Monk, dominateur à la fois de la révolution, du peuple et de Napoléon. « Les partis, s'écriaient-ils, n'obéis-